Inclure, incuber, parrainer au 16e Festival Quartiers Danses

Le FQD s’évertue à répondre aux besoins des chorégraphes souvent relégués dans les marges.
Photo: Soham Sircar Le FQD s’évertue à répondre aux besoins des chorégraphes souvent relégués dans les marges.

Cette année, 75 % des chorégraphes qui se produisent au Festival Quartiers Danses (FQD) sont des femmes. Une prédominance féminine rare à trouver dans les programmations des festivals d’arts de la scène, ici comme ailleurs. Cette importante représentativité des femmes ne date pas d’hier pour Rafik Hubert Sabbagh, dont le festival roule sa bosse depuis 16 ans. Volonté politique ou force des choses ? Discussion avec un directeur qui se veut avant tout rassembleur.

« Ça a toujours été très important pour moi de mettre en avant des écritures de femmes, car il est vrai que beaucoup des grands noms reconnus en danse sont des hommes », affirme M. Sabbagh tout en relevant que, dans un contexte où il est rare que les chorégraphes aient à leur disposition une cinquantaine d’employés, des danseurs à l’année, un théâtre pour présenter des spectacles et l’occasion de partir en tournée, les femmes sont moins nombreuses à jouir de ces privilèges.

« C’est pourquoi les artistes que je fais venir de l’étranger sont souvent des femmes », ajoute-t-il. C’est le cas cette année de la chorégraphe corse Hélène Taddei Lawson, de l’Indienne Hemabharaty Palani et de la Belge Dominique Duszynski, travailleuse de l’ombre auprès de Pina Bausch, Ginette Laurin et Anne Teresa De Keersmaeker.

Centré sur la scène locale, M. Sabbagh a aussi à cœur d’offrir un tremplin et de soutenir des artistes d’ici ayant parfois de longues carrières de danseuse — telles Victoria May, Kyra Jean Green et Morgane Le Tiec — dans leur création. Ayant réussi à créer une niche locale et internationale autour du festival, il désire plus généralement mettre en avant des artistes — femmes ou hommes — que l’on ne voit nulle part ailleurs et sortir de la dynamique des happy few. « D’un lieu à un autre, dans les festivals, on retrouve beaucoup les mêmes signatures, que ce soit celles de la relève ou celles les plus établies. C’est selon qui est à la mode, et c’est sensiblement le même échantillonnage de 50 chorégraphes qui tournent dans les principaux festivals. »

On n’a pas de centre chorégraphique comme il peut y en avoir en France, mais nous soutenons les chorégraphes émergents grâce à nos partenariats

Estimant que beaucoup d’artistes méritent une visibilité difficile à obtenir dans le système actuel, le FQD s’évertue à répondre aux besoins des chorégraphes souvent relégués dans les marges. Les programmations reflètent alors naturellement les diversités culturelles et stylistiques, et celles des corps aussi, rassemblant une brochette de personnes de tous âges souvent écartées des grandes plateformes pour des raisons systémiques.

Ancien danseur et chorégraphe, puis agent de diffusion pendant 10 ans, M. Sabbagh témoigne de son expérience personnelle dans un milieu divisé et cloisonné. « D’ailleurs les Conseils des arts ont pris près de 10 ans à réaliser que ce festival n’avait pas une programmation bâtarde, affirme-t-il. Parce qu’il y avait du flamenco, de la danse africaine, du ballet contemporain… à la fois de la relève et des artistes plus matures, je me faisais dire que je me dispersais, et ça, y compris en amenant la danse dans les quartiers, alors que c’est maintenant rendu à la mode. Pour moi, cette catégorisation a toujours été superficielle ; au bout du compte, on fait tous de la danse ! »

« On n’a pas de centre chorégraphique comme il peut y en avoir en France, mais nous soutenons les chorégraphes émergents grâce à nos partenariats en offrant des heures de résidence en studio, en créant des parrainages avec des artistes d’expérience et en fournissant un œil extérieur », explique le directeur, dont l’envie de suivre des créateurs et créatrices sur le long terme s’est renforcée ces dernières années.

Ce suivi se faisant en amont des spectacles permet de favoriser leur chance et leur potentiel d’être repérés par des diffuseurs et d’accéder aux circuits internationaux. Une mission de parrainage pour des artistes émergents qui s’est précisée au FQD, tandis que le festival s’est avéré être un tremplin pour plusieurs artistes, dont le duo Tentacle Tribe, le collectif LA TRESSE, Andrea Peña et Alix Dufresne, qui ont récemment percé dans les principaux réseaux de la danse.

À voir

Le Berlinois Roderick George, jeune chorégraphe formé auprès de William Forsythe, ouvrira le festival. L’artiste s’illustrera également en solo et dans un pas de deux masculin signé Forsythe hors les murs.

La jeune chorégraphe montréalaise Andrea Peña, ancienne interprète pour les Ballets jazz de Montréal repérée pour ses oeuvres de groupe, présentera cette fois un solo primé à Hong Kong, aux côtés de la New-Yorkaise Rebecca Margolick.

L’Israélien Roy Assaf, étoile montante ayant travaillé auprès d’Emmanuel Gat et potentiel successeur d’Ohad Naharin à la Batsheva Dance Company, signe un solo pour Geneviève Boulet du collectif LA TRESSE lors d’un programme triple dont le fil rouge est le Gaga. Le créateur James Viveiros s’inspire également de cette technique mise sur pied par Naharin.

Le programme triple 100 % féminin, où l’artiste de spoken word HODA, Hemabharaty Palani et Victoria May abordent la condition des femmes dans leurs pays et cultures respectives.

Lechorégraphe Menka Nagrani, qui intègre dans ses créations des danseurs atypiques — dont Gabrielle Marion Rivard — et a été vu à la gigue chez Maï(g)wenn et Les Orteils.

Un large éventail de films d’ici et d’ailleurs sur la danse avec un accent sur la Catalogne.

Festival Quartiers Danses

Du 5 au 15 septembre, spectacles en salle et hors les murs