Les grands ensembles du Toronto Dance Theatre

Les dynamiques de rythmes, les interstices entre l’immobilité et l’explosion d’énergie, ainsi que l’ambiguïté dans l’anticipation figurent parmi les thèmes récurrents dans «House Mix».
Photo: Guntar Kravis Les dynamiques de rythmes, les interstices entre l’immobilité et l’explosion d’énergie, ainsi que l’ambiguïté dans l’anticipation figurent parmi les thèmes récurrents dans «House Mix».

Entré dans les rangs du Toronto Dance Theatre (TDT) d’abord comme danseur en 1979, voilà près de 26 ans que Christopher House en occupe le poste de directeur artistique. Pour célébrer les 50 ans de sa compagnie, les créations du chorégraphe, qui lui a consacré sa carrière entière, seront mises à l’honneur au Festival des arts de Saint-Sauveur. Une occasion idéale marquant la première venue des danseurs ontariens au festival cet été.

Mais quel atout secret détient le TDT pour avoir su retenir l’artiste terre-neuvien si longtemps entre ses murs ? « C’est une très bonne question », répond l’artiste de 63 ans, qui a dansé auprès des trois fondateurs de la compagnie, Peter Randazzo, Patricia Beatty et David Earle, et qui continue de se produire sur scène à l’occasion. « D’ailleurs, on me demande souvent si je ne suis pas fatigué de travailler dans le même cadre, mais le secret, pour moi, c’est que, dans ma propre pratique artistique, je cultive le goût d’essayer de nouvelles choses et de m’engager dans des zones inconnues. » Ce désir d’innover et de s’aventurer hors des sentiers battus est donc au coeur du travail qu’il mène au sein de la compagnie torontoise.

Ce qui m’intéresse dans cette ère numérique où la vie est tant perçue par l’entremise des écrans, c’est d’établir une structure où les performeurs peuvent prendre des décisions d’un bout à l’autre des performances, en s’observant et en s’écoutant attentivement

« Pour moi, la fonction de chorégraphe et de directeur artistique va de pair, et c’est cette alliance qui permet de se poser constamment et mutuellement des défis, poursuit-il. Chaque chorégraphe invité apporte aussi quelque chose de nouveau. Si bien que, après 26 ans à la tête de la compagnie, celle-ci n’a plus grand-chose à voir avec la compagnie que j’ai dirigée à mes débuts. Elle continue d’évoluer, et c’est un privilège de pouvoir assister à son évolution. »

L’esprit de collectivité

Bien qu’il ait signé seul la majorité de son répertoire, Christopher House a été soucieux de préserver la structure collective présente aux origines du TDT et a veillé à maintenir des systèmes collaboratifs. Développer le pouvoir de décision des danseurs fait d’ailleurs partie de ses priorités.

« C’est en quelque sorte lié à ma propre pratique. Ce qui m’intéresse dans cette ère numérique où la vie est tant perçue par l’entremise des écrans, c’est d’établir une structure où les performeurs peuvent prendre des décisions d’un bout à l’autre des performances, en s’observant et en s’écoutant attentivement, plutôt que de suivre tout simplement leur chemin individuel, de se limiter à jouer leur rôle et de tenir pour acquis que le tout fonctionne ainsi. »

 

 

Au TDT, une grande importance est donnée à la création de grands ensembles, à l’engagement collectif et à l’entre-apprentissage. Une collectivité enrichie par la diversité des profils et des bagages des danseurs. « Comme dans toute relation, chaque partie a quelque chose à tirer de l’autre, à enseigner, mais aussi à gagner », précise M. House, qui compte entretenir ce modèle de fonctionnement pour les décennies à venir en invitant des collaborateurs partageant sa vision. « Ça vient probablement du fait que nous avons une école affiliée de près à la compagnie. Des étudiants jusqu’aux artistes chevronnés qui reviennent créer pour nous, nous entretenons une sorte de continuum dans le développement artistique. »

Un répertoire varié et contrasté

À Saint-Sauveur, les douze danseurs du TDT offriront une rétrospective du répertoire du chorégraphe s’échelonnant des années 1990 à aujourd’hui. Parmi les cinq oeuvres présentées, les plus anciennes témoignent d’un côté traditionnel où la structure des chorégraphies de House était assez stricte et portée par une grande musicalité. En contrepoint, ses plus récentes créations déjouent l’idée de structure en intégrant des moments d’improvisation.

Photo: Guntar Kravis Lukas Malkowski, Pulga Muchochoma et Yuichiro Inoue dans «House Mix»

C’est le cas de Martingales, une de ses plus récentes créations. « Cette pièce exige des danseurs d’être présents à ce qu’ils font à 100 % pour que la performance ne tombe pas en morceaux. Ce qui est très excitant, car il n’y a pas de retour en arrière possible », affirme le chorégraphe en indiquant que le caractère incisif et rigoureux de cette déstructuration, qui contraste avec les pièces plus traditionnelles, est rendu possible par la maîtrise des formes plus structurées.

Quant aux thèmes récurrents dans ce House Mix, l’artiste nomme les dynamiques de rythmes, les interstices entre l’immobilité et l’explosion d’énergie, ainsi que l’ambiguïté dans l’anticipation. « J’aime l’idée de tracer une ligne portant une signification, mais qui se dévoile à travers des associations et dont on ne vient pas forcément à bout », conclut le chorégraphe, à la recherche d’une écoute et d’une attention active chez son spectateur.

House Mix

Un programme de cinq courtes pièces (Martingales, Fjeld, Echo Dark, Vena Cava et Thirteen) chorégraphiées par Christopher House, interprétées par douze danseurs du Toronto Dance Theatre. Présenté dans le cadre du Festival des arts de Saint-Sauveur, le 4 août, au Grand Chapiteau.