Favoriser la relation parent-enfant

«Le mobile» se veut une immersion dans une bulle réconfortante où le chant, les berceuses, la danse acrobatique et la musique stimulent les petits tout en créant une expérience de découverte.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Le mobile» se veut une immersion dans une bulle réconfortante où le chant, les berceuses, la danse acrobatique et la musique stimulent les petits tout en créant une expérience de découverte.

Inspirée par l’arrivée de sa fille dans sa vie, mais surtout par le désir de partager le quotidien avec l’autre, d’être en continuelle relation de proximité et d’échange, la danseuse et metteure en scène Sandy Bessette offre une expérience sensorielle avec Le mobile, un spectacle pour nourrissons et parents présenté dans le cadre de Montréal complètement cirque.

Si elle crée des pièces pour enfants depuis longtemps, la codirectrice du théâtre La marche du crabe investit pour une première fois l’univers des tout-petits. En fait, l’idée d’offrir une proposition aux bébés lui est venue au moment où elle est tombée enceinte.

Rencontrée par Le Devoir, Sandy Bessette raconte le léger affolement vécu à l’idée de se retrouver chez elle, isolée avec son poupon : « Je me disais, je vais passer mon temps couchée sur le dos à jouer et à me rouler par terre. Je ne me doutais pas du plaisir que j’aurais avec mon enfant, mais comme je suis une personne très sociable, ça m’angoissait un peu. M’est alors venue l’idée de faire un mobile géant. Pour le nourrisson, son développement, mais aussi pour créer un événement pendant lequel le parent, qui apprivoise les premiers mois d’un jeune enfant, est accompagné, qu’il partage son expérience avec d’autres personnes qui vivent la même chose. Le mobile devient ainsi une occasion de réunir les parents qui vivent cette découverte du nourrisson. »

Fort d’un amalgame de plusieurs langages, le spectacle se veut ainsi une réelle immersion dans une bulle réconfortante où le chant, les berceuses, la danse acrobatique, la musique stimulent les petits, leurs sens, tout en créant une expérience de découverte.

Dans un décor fermé par un tulle qui permet de créer l’intimité recherchée par la metteure en scène, les parents sont invités à s’allonger avec leur bébé, à regarder et à entendre le spectacle qui se déroule au-dessus et autour d’eux. « On est sur les appareils de cirque ou alors au sol tout près des enfants pour chanter, jouer de différents instruments de musique, que ce soit l’accordéon, le ukulélé. On aborde par ailleurs des berceuses dans plusieurs langues parce qu’on voulait travailler les différentes sonorités qui émanent d’elles. On chante ainsi pour envelopper les petits », raconte Sandy Bessette.

Expérience relationnelle

Sachant très bien que les nourrissons ne se souviendront pas du spectacle, l’idéatrice insiste sur la notion d’expérience. « Ce n’est pas narratif, comme spectacle. Une histoire ne coule pas dans l’autre pour créer un grand fil rouge. Les bébés sont tous dans le développement de la perception alors qu’on est au-dessus d’eux, derrière eux, que le son vient de partout. Juste entrer dans cet espace-là permet de créer quelque chose. Un peu comme quand on entre dans une église. Nous avons cette impression d’être petit devant l’immensité. Il y a tout ça dans ce que je cherche à faire expérimenter à l’enfant, mais surtout à lui faire partager avec son parent. Tout ce qu’il traverse comme émotions, il le fait avec sa mère ou son père. Il est rassuré d’avance, prédisposé à bien profiter de cette expérience. On espère ainsi que l’adulte vivra une aussi belle expérience que son nourrisson et qu’il en ressorte nourri. »

La relation à l’autre, celle entre deux ou plusieurs personnes, entre l’artiste et le public, reste d’ailleurs intimement liée à la création de Bessette. Lors de sa précédente pièce, De doigts et de pieds, elle offrait déjà ce rapport à l’autre, cette relation au spectateur qui va plus loin que la proposition frontale et unidirectionnelle. « Avec elle, on offrait du mouvement, du chant, de la danse, des odeurs. Je me rends compte que tout ce que je fais est toujours dans le relationnel. Dans Le mobile, on s’adresse à la relation parent-enfant et on fait participer le public. C’est une première, d’ailleurs. Ce que tu traverses comme étape quand tu deviens parent, c’est vraiment quelque chose… Tu sors de chez toi et les gens touchent ton bébé, se permettent de te dire quoi faire. Alors, dans cet esprit, j’ai écrit une chanson à répondre comique qu’on retrouve dans le spectacle. Elle s’intitule Chanson à répondre pour parents fatigués. Et les parents participent avec entrain. C’est en fait le highlight du spectacle. » Dans cette volonté de créer une interaction, voire une symbiose entre l’artiste et le public, Bessette invite ainsi les poupons et leurs parents à profiter d’une intimité artistique, d’une bulle intemporelle dont ils garderont assurément des traces.

Le mobile

Idée originale et conception : La marche du crabe. Mise en scène : Sandy Bessette. Interprètes : Simon Fournier, Erin Drumheller, Nadine Louis, Theodore Spencer, Sandy Bessette et Julie Choquette. Une production de La marche du crabe. Du 7 au 15 juillet à la Tohu.