«Solo 70»: dans sa chair

Photo: Sandrick Mathurin

Avec Solo 70, Paul-André Fortier met un point final à 40 ans de carrière. Après avoir fait appel à des artistes comme Betty Goodwin, Rober Racine et Robert Morin, le danseur et chorégraphe croise cette fois le fer avec le dramaturge Étienne Lepage, qui s’accorde une nouvelle incursion du côté de la danse après avoir fructueusement collaboré avec Frédérick Gravel.

Fortier se défend d’offrir ici une oeuvre testamentaire. Encore moins une rétrospective de sa prolifique carrière. Or, dans ce solo, qui n’en est d’ailleurs pas vraiment un puisque le danseur partage la scène avec un comédien, Étienne Pilon, et une musicienne, Jackie Gallant, il y a certainement quelque chose qui tient du bilan, de la synthèse. Ce qu’on voit apparaître dans le corps du danseur, dans ses regards et ses gestes, ses piétinements et ses tournoiements, ses marches et ses révolutions, sa silhouette et sa peau, c’est sans contredit la marque des époques et le passage du temps, la trace des actions et la forme des idées, l’empreinte des haines et des tendresses. De toutes ces avancées, de tous ces reculs, cela ne fait pas de doute, la chair a tenu le compte.

La pièce commence dans un silence absolu. Au centre d’un espace blanc, immaculé, un canevas vierge délimité par un cadre noir, le danseur, tout de noir vêtu, trace des lignes de force, exécute des marches qui s’apparentent à des katas, des mantras, des prières. Puis la guitare électrique endiablée de Gallant et le spoken word frénétique de Pilon entrent en jeu. La gestuelle du danseur se transforme, accuse le coup. Puis c’est au tour de Fortier de déstabiliser ses comparses en transportant leurs outils sur scène, en les invitant dans l’arène, provoquant ainsi un choc des conventions qui n’est pas dépourvu d’humour.

On aurait aimé pouvoir dire que cette rencontre entre les notes, les mots et les mouvements était concluante. Or, les différents éléments, pourtant dignes d’intérêt, resteront, jusqu’à la fin de cette pièce d’une soixantaine de minutes, dissociés. L’accompagnement musical est sensible. Les images brièvement projetées sont pertinentes. Le monologue, épinglant une complaisance éminemment contemporaine, est tout à fait à la hauteur de ce à quoi Lepage nous a habitués. Malheureusement, tout cela semble un brin superflu en regard de la fascination que suscitent le dos, les bras, les jambes et les fesses de Fortier, ce corps à la fois fragile et souverain, charnel et spirituel, historique et immortel.

Solo 70

Mise en scène : Paul-André Fortier et Étienne Lepage. Chorégraphie : Paul-André Fortier. Une production de Fortier Danse-Création. À l’Espace Orange de l’Édifice Wilder – Espace danse jusqu’au 3 juin.