«Récital»: concerto pour trois femmes et un thérémine

Virginie Reid, Rosie Contant et Anne Thériault, dans «Récital»
Photo: Dominique Bouchard Virginie Reid, Rosie Contant et Anne Thériault, dans «Récital»

L’espace intimiste de l’église Saint-James sied comme un gant à Récital, trio pour femmes et thérémine imaginé par Anne Thériault. Après le fracassant Con grazia (vu au FTA en 2015), poème visuel et symphonie de bris d’objets à coups de marteau orchestrés avec son complice Martin Messier, la chorégraphe revient avec une création séduisante et stylisée qui plaira assurément aux amateurs de musiques alternatives.

Sous le balcon et entre les fines colonnes de la salle est disposé un tapis blanc molletonné. Un vieil orgue électronique, des minisynthétiseurs, un tourne-disque et d’autres consoles musicales sont répartis à droite à gauche. On se croirait dans un grenier très entretenu peuplé d’objets vintage au charme chic.

Rosie Contant, Virginie Reid et Anne Thériault entrent en scène, élégantes, perchées sur des talons hauts, l’une avec un vanity-case à la main. Le thérémine — instrument à l’allure et au son bizarroïdes — posé au centre de l’espace est une quatrième entité impossible à négliger. Sa tige, comme une antenne, captant les moindres mouvements qui entrent dans son champ pousse les trois performeuses à calibrer l’ampleur et le rythme de leurs gestes et déplacements avec une méticuleuse attention. Une contrainte tenue d’un bout à l’autre de la pièce.

Dans ce dialogue entre les corps et le thérémine, les mouvements se déploient avec lenteur et appellent une élasticité intérieure. L’énergie chez Rosie Contant, qui manipule le capricieux instrument, est d’abord contenue, son visage stoïque, le regard rivé dans le vide tandis qu’elle se penche vers l’instrument. Le spectateur est parfois poussé à explorer ce qui se passe hors champ, guidé par un halo de lumière. À la manière d’un pantin, une paire de bras se tend en avant et les mains vibrantes font siffler l’instrument aux notes rappelant les pseudos films d’épouvante des années 1950 à la Ed Wood.

Dans cet environnement, Anne Thériault et Rosie Contant, aux pas à la fois délicats et fermes, ont des allures de flamenca contemporaines, hors codes. Une grande sensualité s’installe entre ces êtres, parfois femmes automates ou bioniques, les objets et leurs textures (on pense ici au travail d’Anne Thériault avec Julie Favreau), si bien qu’elles semblent souvent respirer avec les sons qui en émanent ou percer leur potentiel secret (talons frottés contre le sol ; craquements et grincements de l’orgue en bois).

Les thèmes musicaux pianotés et bidouillés en direct et sur des boîtes à rythmes générés par des synthétiseurs tiennent une place de choix, indissociable de la performance. La partition chorégraphique influant sur les hululements du thérémine s’y imbrique avec une très nette précision. On passe de registres carnavalesques à des tonalités MIDI, et même parfois aux notes acidulées rappelant les jeux de Game Boy. L’atmosphère, enveloppante, nous renvoie à nos propres nostalgies. L’ensorcellement culmine lorsque le trio accapare l’orgue. S’enchaîne alors un nouveau jeu de lumière au-dessus de nos têtes, où apparaît une gueule de loup dessinée à l’aide de doigts et de papier-calque avec une lampe torche. Et la magie veut que le dernier soupir soit celui d’une poupée russe. Brillant coffre au trésor musical et chorégraphique que nous livrent ici Anne Thériault et ses performeuses.

Récital

D’Anne Thériault (Lorganisme), avec Rosie Contant, Virginie Reid et Anne Thériault. Présenté dans le cadre du FTA, jusqu’au 1er juin à Le Balcon – Église unie Saint-James.