«6 & 9» au FTA: de l’ombre fertile à la pâle clarté

Dans «9», les trajectoires des danseurs—toujours circulaires—prennent de l’expansion, se déployant sur tous les plans en roues et roulades acrobatiques.
Photo: Fan Xi Dans «9», les trajectoires des danseurs—toujours circulaires—prennent de l’expansion, se déployant sur tous les plans en roues et roulades acrobatiques.

En provenance de Pékin, le Tao Dance Theater amène son esthétique sobre, chic et raffinée lors de l’ouverture du festival TransAmériques. Fort contrastées, bien que toutes deux minimalistes et abstraites, les pièces 6 et 9 — que le chorégraphe Tao Ye tire d’une suite numérale commencée en 2008 — ainsi agencées offrent un grand écart de sensations et d’effets en clair-obscur. Une traversée contemplative entre deux atmosphères qui comportent des points forts et des failles.

Dans le premier pan de son diptyque, le jeune chorégraphe chinois installe d’emblée une aura de mystère. À peine visible, un rang de silhouettes en longue robe noire apparaît subrepticement de l’obscurité. De dos, formant une diagonale, les danseurs entament un phrasé chorégraphique tout en circularité. Une partition à l’énergie contenue et concentrée, sorte de variation sur le même thème d’où jaillissent de très subtils changements. Les jambes enracinées dans le sol et les mains agrippant la chute de leurs toges, le mouvement des danseurs est circonscrit autour de leur colonne vertébrale hypermobile jusqu’au bout des cervicales. Dans leur tronc s’insinuent de multiples rotations prenant au fur et à mesure plus d’envergure, tandis que la mélodie des cordes orientales frottées s’intensifie.

Les lumières ingénieusement régulées offrent une perspective toujours renouvelée sur la diagonale d’individus sans visage. L’image poétique de roseaux chahutés par des vents vient à l’esprit. Puis, sortant de l’ombre et faisant volte-face, le même phrasé se répète sous de nouvelles lueurs mouvantes. Splendide quand les têtes basculent à la renverse et que les genoux touchent terre délicatement, la danse de Tao Ye et ses virtuoses interprètes naviguent avec grande simplicité entre les deux pôles opposés d’une ligne verticale sinueuse.

Alors que 6 avec ses jeux de lumière tirant peu à peu les silhouettes de la pénombre nous poussait à être attentif au déploiement du moindre geste dans l’espace opaque et parvenait ainsi à nous happer, 9 pose les danseurs dans une clarté crue sur une scène blanche immaculée.

En kimono gris, leurs trajectoires — toujours circulaires — prennent cette fois de l’expansion, se déployant sur tous les plans en roues et roulades acrobatiques. Les pieds tracent des cercles au sol, les mains y prennent appui et les corps se propulsent avec agilité, dessinant des courbes serties d’enroulées de bras et de jambes. La relation au poids ici fascine à travers les nombreuses chutes au sol amorties comme de la mousse par un roulement d’épaule. Impressionnant de souplesse ! Dans ce désordre rigoureusement organisé, le foisonnement des mouvements rappelle l’agitation d’un échantillon de cellules sous microscope.

Mais ce qui peut nous fasciner en premier lieu dans 9 finit par nous lasser, les trajectoires circulaires se répétant jusqu’à saturation ; un trop-plein d’accumulation sur des chants résonnant comme des mantras. Bien que la stylistique des deux pièces soit similaire, de 9 se dégage finalement une fadeur qui est absente de 6, dont la scénographie apportée par les lumières et la musique, plus sophistiquée, vient magnifier la danse.

6 & 9

Chorégraphie de Tao Ye avec les neuf interprètes de la compagnie Tao Dance Theater. Présenté dans le cadre du FTA au théâtre Jean-Duceppe du 23 au 25 mai.