Une approche aux nombreux bienfaits sur la santé

Selon les recherches, dans les cas de maladie de Parkinson, le tango procurerait plus de bénéfices qu'une danse moins chorégraphiée.
Photo: Getty Images Selon les recherches, dans les cas de maladie de Parkinson, le tango procurerait plus de bénéfices qu'une danse moins chorégraphiée.

Le potentiel de la danse pour améliorer la santé et le bien-être a longtemps été sous-estimé. Il commence enfin à être reconnu et étudié par les scientifiques, ainsi qu’à être exploité pour une variété de problèmes de santé physique ou psychologique.

« L’imagerie par résonance magnétique nous a révélé la plasticité du cerveau. Cette découverte a permis de reconnaître le potentiel que la danse peut avoir sur le cerveau [en créant de nouvelles connexions]. C’est pour cette raison que les chercheurs ont commencé à s’intéresser aux interventions par la danse. On sait que le mouvement est très puissant. Or, la danse ne se limite pas au mouvement, elle comprend aussi le rythme et des aspects sociaux et affectifs. Toutes ces dimensions entrent en jeu et travaillent en synergie », rappelle Sylvie Fortin, professeur au Département de danse de l’UQAM et membre de la Chaire de recherche UQAM pour le développement de pratiques innovantes en art, culture et mieux-être.

À Montréal, des séances de danse-thérapie sont offertes à des enfants souffrant de paralysie cérébrale ou de maladies neuromusculaires dégénératives, comme la maladie de Charcot-Marie-Tooth qui se caractérise par une faiblesse musculaire et une perte de sensibilité aux extrémités des membres.

Une doctorante de Mme Fortin a expérimenté la thérapie par la danse à l’Hôpital de réadaptation Villa Medica avec des personnes ayant été victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC). « Ces interventions se font en interdisciplinarité avec des physiothérapeutes et des ergothérapeutes qui spécifient les types de mouvements dont auront besoin les patients lors de leur réhabilitation », précise Mme Fortin.

Des jeunes souffrant de troubles de l’alimentation tels que l’anorexie participent à un projet visant à éprouver les bienfaits de la thérapie par la danse au CHU Sainte-Justine.

Des projets comparables sont également menés avec des femmes ayant connu l’itinérance, et de ce fait, des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale, ainsi qu’en milieu carcéral.

Pour le moment, les bienfaits de la danse-thérapie sont essentiellement documentés sous forme de « témoignages qualitatifs ». Mais on commence à obtenir des données probantes, notamment pour la maladie de Parkinson. « Les interventions en danse amélioreraient l’orientation spatiale, l’équilibre, l’humeur — en réduisant l’agressivité — et diminueraient la fatigue des patients. Et lorsque la maladie est avancée, elles auraient également des effets bénéfiques sur les fonctions cognitives. Les recherches sont à ce point avancées sur cette maladie qu’on en est à se demander si une forme de danse plus chorégraphiée, comme le tango, procurerait plus de bénéfices qu’une forme plus improvisée, car le cerveau travaille différemment selon la forme de danse privilégiée », souligne Mme Fortin avant de préciser que, dans la plupart des cas, la danse-thérapie est un complément aux thérapies traditionnelles.

Comment l’intervention en danse procure-t-elle des bénéfices ? « Est-ce en raison de l’activité physique qu’elle implique ? Est-ce parce que cette activité physique est combinée à la musique ou parce qu’elle implique une interaction sociale, car on danse avec des gens et on se touche ? Est-ce parce que ça stimule l’imaginaire ? Tout cela est encore une boîte noire », affirme Mme Fortin tout en soulignant que « les organismes subventionnaires commencent à reconnaître la valeur de la danse-thérapie et à financer les recherches sur ce sujet ».

Sylvie Fortin et six autres universitaires de Montréal viennent de recevoir une importante subvention du Fonds de recherche du Québec (FRQ) pour un programme de recherche interdisciplinaire, nommé AUDACE, sur la danse et la santé. Cette subvention permettra entre autres de mener un projet à l’hôpital Sainte-Justine avec des jeunes souffrant de troubles de l’alimentation qui consistera à mesurer l’activité cérébrale (électroencéphalographie EEG), les niveaux de cortisol (l’hormone de stress), le rythme cardiaque et les niveaux de sudation de ces jeunes. Ces mesures seront ensuite croisées avec les résultats d’un questionnaire d’autoévaluation de leur état après les séances de danse.

Qui plus est, l’UQAM ainsi que les universités Concordia et McGill rêvent de mettre sur pied un programme de formation en danse-thérapie ou danse adaptée. Chose certaine, cette discipline en émergence a le vent dans les voiles à Montréal.

Thérapie ou danse adaptée?

Dans la pratique, les deux se ressemblent. Seuls les objectifs premiers diffèrent. En danse-thérapie, ils sont avant tout thérapeutiques. En danse adaptée, ils sont d’abord récréatifs et artistiques, mais cela n’empêche pas qu’ils auront aussi des bienfaits thérapeutiques.