«Again»: dans les plis

À l’avant-scène, un couple commence à se tirailler dans un pas de deux aux portées souples et fluides.
Photo: Yaniv Cohen À l’avant-scène, un couple commence à se tirailler dans un pas de deux aux portées souples et fluides.

À l’occasion de l’ouverture de l’événement Printemps nordique, Danse Danse nous menait à la rencontre de l’univers d’Ina Christel Johannessen, une des chorégraphes les plus renommées de Norvège. Œuvre récente au répertoire de sa compagnie, zero visibility corp., Again est une pièce pour sept interprètes et un musicien qui se décline en une enfilade de tableaux sur lesquels plane une atmosphère lugubre, un certain suspense comme dans un film noir, installée par les notes traînantes d’instruments à vent et à corde.

Un long paravent de papier brun plié en accordéon divise la scène en deux. Dans ce décorum simple et élégant, sept chics individus vêtus en tenues de soirée noires et blanches peinent à établir des relations stables les uns avec les autres. Isolée derrière et au sommet de la paroi, détachée du groupe, une femme dessine frénétiquement des figures anguleuses avec ses bras.

À l’avant-scène, un couple commence à se tirailler dans un pas de deux aux portées souples et fluides, puis s’élance dans une course circulaire, autour d’un deuxième couple. Le vocabulaire de prime abord très balletique se déconstruit peu à peu, et prend chez les hommes des inflexions de breakdance, avec d’agiles vrilles à l’horizontale, des roues et des équilibres acrobatiques. Une certaine dichotomie s’installe, la gestuelle des quatre danseuses demeurant très aérienne, contenue et tout en verticalité, tandis que celle des hommes s’ancre plutôt dans le sol et s’expose avec vigueur dans des démonstrations de force et du cabotinage.

Austère virtuosité

Johannessen ne lésine pas sur la virtuosité et le déploiement de l’énergie des danseurs, à ce niveau, on en prend plein la vue. Cependant, l’ingénieuse scénographie, une structure amovible de papier qui se plie, se déplie, se trouve ballottée magiquement d’un coin à l’autre — formant une sorte de labyrinthe vivant —, volerait presque la vedette à la chorégraphie dans certaines sections.

Car plus on plonge dans l’oeuvre, plus la dynamique des duos est plombée par des excès de portées sacrificielles et de postures hyper-dramatiques, ainsi que des gesticulations superflues. Si bien que face à ces enchaînements hyperactifs, c’est dans le mouvement des plis et replis du grand accordéon qu’on parvient véritablement à trouver une forme de respiration.

Au bout du compte, ce qui ressort d’Again est une structure en dents de scie, car si sur certaines parties pèse une lourdeur, une forme d’austérité, il faut cependant saluer les solos énergétiques d’Anne Plamondon, qui se détache nettement de l’ensemble. Ainsi que certains tableaux accrocheurs : le corps à corps d’une danseuse et du musicien avec un étrange instrument à cordes qui se transforme en percussion ; le morcellement du long paravent en plusieurs parois derrière lesquelles disparaissent, puis réapparaissent les danseurs ; un quatuor féminin dans une mystérieuse quête et l’explosion finale d’émotions contenues qui finissent par se libérer. Mais, pour autant, on se gardera d’en redemander.

Again

Une chorégraphie d’Ina Christel Johannessen (zero visibility corp.) interprétée par Antero Hein, Line Tormoen, Pia Elton Hammer, Sudesh Adhana, Christine Kjellberg, Anne Plamondon, Mate Meszaros. Musique de Marcus Fjellström, Tommy Jansen et du NorrlandsOperan Symphony Orchestra. Présenté par Danse Danse au Théâtre Maisonneuve, dans le cadre de Printemps nordique, jusqu’au 7 avril.