Pas de deux du PLQ et de la Maison pour la danse

La Maison pour la danse a dû reporter deux fois son inauguration, prévue le 29 août puis le 26 octobre, à la demande du cabinet.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La Maison pour la danse a dû reporter deux fois son inauguration, prévue le 29 août puis le 26 octobre, à la demande du cabinet.

C’est à la Maison pour la danse de Québec, encore fort neuve, que le Parti libéral du Québec (PLQ) a tenu mercredi sa soirée d’investiture dans Taschereau. Un choix de lieu que la députée sortante du Parti québécois Agnès Maltais trouvait gênant. Car la Maison pour la danse n’arrive plus à discuter de son financement avec le ministère de la Culture et des Communications, faute de réponse à ses demandes de rencontre. Et a dû reporter deux fois son inauguration, prévue le 29 août puis le 26 octobre, à la demande du cabinet. Le ruban n’est toujours pas coupé, et la Maison est ouverte au public — et aux locations, comme celle du PLQ — depuis septembre dernier.

« Je prends la présence du PLQ en nos murs positivement », a indiqué de vive voix Steve Huot, directeur général du Groupe Danse Partout — promoteur de la Maison pour la danse. « Des élus et des membres du PLQ vont entrer dans l’édifice, même si c’est pour venir appuyer leur collègue plutôt qu’en répondant à nos invitations multiples. C’est un bon début. Le ministre responsable de la Capitale-Nationale est censé être là, peut-être qu’on va avoir l’occasion de le croiser ? »

La Maison pour la danse a sollicité dès novembre dernier par lettre, dont Le Devoir a obtenu copie, « une rencontre pour discuter des besoins financiers liés [à son] démarrage et […] son fonctionnement des prochaines années » auprès de la ministre Marie Montpetit. « Après avoir investi plus de 1 million en contribution et en développement de projet, y lit-on, le Groupe arrive au bout de ses liquidités. Ceci compromet à court terme la base de prestation de services de la Maison [accueil, propreté, sécurité des personnes, des lieux et des équipements] et conséquemment, sa pérennité. »

Depuis son ouverture, Steve Huot estime que les studios et locaux pour la danse ont un taux d’occupation de plus de 75 % approximativement, un objectif qu’il n’aurait jamais espéré si élevé pour une première année d’activité à Québec.

Trois studios de plus

« La Maison pour la danse est une institution importante du milieu culturel, a indiqué Mathieu Larouche, porte-parole de la ministre Marie Montpetit. L’organisme a rencontré la directrice de cabinet et la conseillère au dossier le 22 janvier dernier. » M. Larouche rappelle aussi qu’à l’annonce en 2015 de 2,5 millions pour la réalisation du projet, « l’organisme avait produit un document présentant un scénario selon lequel les nouveaux espaces étaient viables sans aide financière supplémentaire ».

« On a fait cette démonstration, admet M. Huot. Y étaient sacrifiés le ménage adéquat, la réception, les heures d’ouverture, l’accessibilité. Les prix de location des studios y étaient haussés, hors des moyens des danseurs. Autant de données qui ne nous permettent pas de réaliser notre mission. » Un scénario catastrophe, selon lui, et qui pour cette raison n’a pas été mis en place depuis l’ouverture, « et qu’on ne nous a jamais demandé de mettre en oeuvre ».

Par ailleurs, les récents changements aux conseils des arts — le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), qui a fait une croix sur l’historicité, le Conseil des arts du Canada, qui double son budget — pouvaient laisser entendre que, comme ses organismes pairs, la Maison pour la danse serait jugée à son seul mérite, et aurait une part conséquente.

« Avant 2017, on [soit le Groupe Danse Partout pour la Rotonde] recevait 265 000 $ du CALQ pour le fonctionnement », chiffre le directeur. « Là, on a une maison, et on a 265 000 $, plus une aide spéciale de 75 000 $ pour cette année seulement, même si le CALQ s’est fait très rassurant. » Le CALQ a confirmé son apport total, un peu plus élevé toutefois, à 367 000 $ ; il était de 278 170 $ en 2016-2017. « La Ville nous a augmenté de 10 %, comme tous les organismes de Québec. On est très reconnaissant envers tous nos subventionneurs. Mais ça prendrait 200 000 $ de plus au minimum pour fonctionner sans déficit. »

Quel prix pour la danse à Québec ?

« Et veut-on vraiment, demande M. Huot, qu’en cette année d’ouverture, on déploie un scénario catastrophe, sans réceptionniste, sans direction technique, en laissant les danseurs dans des locaux sales ? » Le directeur général préfère être positif, et voir la présence libérale en ses murs comme un bon présage et un pas dans la bonne direction. Le PLQ a assumé les frais de location de l’espace et des services techniques, au tarif « corporatif », soit le plus élevé de la grille des tarifs de la Maison pour la danse.