«The Eternal Tides»: rites et envoûtements

Avec ses ancêtres guerriers, ses esprits fauniques, ses divinités amantes et complémentaires, l’univers de Lin Lee-Chen attise la curiosité pour les mythologies et les rites de l’extrême-orient.
Photo: Michel Cavalca Avec ses ancêtres guerriers, ses esprits fauniques, ses divinités amantes et complémentaires, l’univers de Lin Lee-Chen attise la curiosité pour les mythologies et les rites de l’extrême-orient.

Le dépaysement est total pour le regard occidental qui se pose et s’acclimate à l’environnement que transportent Lin Lee-Chen et ses vingt danseurs chez Danse Danse ce mercredi soir. Dans Eternal Tides, la chorégraphe taïwanaise déploie son univers mythique et rituel dans l’extrême lenteur et la délicatesse. Des formes convoquées jusqu’aux costumes et aux curieux objets rituels — de longues tiges à la tête de plume et des bouquets de paille — résulte une oeuvre organique d’une grande beauté visuelle et musicale.

De grandes chutes de tissu blanc enveloppent la scène au pied de laquelle est disposé un autel recouvert de paille. La discrète lueur d’une bougie rouge établit une frontière entre la salle et l’espace sanctuaire que deviendra la scène pour les deux heures à venir. Deux musiciens font leur entrée et s’installent derrière leurs instruments percussifs. Les premiers coups de gong résonnent à intervalles réguliers au fur et à mesure que la scène se dévoile, couches de tissu après couches de tissu. Une divinité d’une blancheur macabre s’éveille lentement de son inertie. Une vertèbre après l’autre, elle se redresse avant de s’engager dans une spirale infernale. En extension d’un mouvement circulaire qui se répète, sa longue chevelure virevolte, semble parfois se figer dans les airs. Le rythme des percussions constant, d’abord presque inaudible, s’intensifie. Il guide la danseuse dans sa transe jusqu’au point de rupture, quand le corps s’affaisse d’épuisement, quand des poumons surgit un cri déchirant. Une entrée dans la matière sidérante.

Des tableaux de groupe à la symétrie parfaitement calibrée s’enchaînent. La chorégraphe, prenant le parti pris de la lenteur, maîtrise avec brio les fluctuations d’énergie et des rythmes. À travers des processions récurrentes, venant ouvrir et fermer l’espace autour de personnages mythiques, chaque geste déposé par les danseurs sur le sol est pesé avec une précision millimétrée. De cette marée calme jaillissent des séquences d’autant plus fulgurantes quand le rythme, par soubresauts, s’accélère.

Avec ses ancêtres guerriers, ses esprits fauniques, ses divinités amantes et complémentaires, l’univers de Lin Lee-Chen attise la curiosité pour les mythologies et les rites de l’extrême-orient. Dans des séquences hallucinantes où on ne reconnaît plus le corps humain, comme possédé, la danse semble reprendre ses propriétés sacrées propres aux peuples racines.

The Eternal Tides

Une chorégraphie de Lin Lee-Chen et du Legend Lin Dance Theater avec vingt danseurs, une chanteuse et deux musiciens. Présenté par Danse Danse à Place des Arts à Montréal du 24 au 27 janvier.