Rêves de sommeil léger

Dans «Confidences sur l’oreiller», Dulcinée Langfelder incarne certains de ses rêves, cueillis sur dictaphone au sortir du sommeil, relivrés en voix «off», chuchotés.
Photo: Hera Bell Dans «Confidences sur l’oreiller», Dulcinée Langfelder incarne certains de ses rêves, cueillis sur dictaphone au sortir du sommeil, relivrés en voix «off», chuchotés.

« Les rêves sont la littérature du sommeil », disait Jean Cocteau, dont l’outrecuidance n’a jamais empêché l’esprit. Et le corps fait aussi le rêve, comme le rappelle Dulcinée Langfelder dans son Confidences sur l’oreiller, car si on change de position en dormant le rêve fuira ; si on reprend la posture, il peut se poursuivre. La pro des one woman show de danse-théâtre (Victoria) s’attaque ici, ô sujet intéressant !, à l’onirisme, cherchant à rendre, voix, vidéo, danse et saynètes à l’appui, ses vrais rêves, rêvés vraiment dans sa vraie vie.

Partant d’une fausse conférence donnée par une « conseillère hypnagogique », mauvais Power Point inclus, le personnage de Langfelder tombe vite dans des gestes manqués, des dérapes psychiques, reflétées également par sa présentation sur écran. Après cette trop brève introduction, les saynètes se succéderont, où la danseuse incarnera certains de ses rêves, cueillis sur dictaphone au sortir du sommeil, relivrés en voix off, chuchotés. Des vidéos rendent les différents univers oniriques, et Langfelder interagit avec précision avec les images projetées.

On sait le charisme de l’interprète, qui agit toujours ici avec force. On sait aussi la difficulté générique d’intéresser aux rêves d’autrui, et celle de narrer le lest inconscient nocturne, deux défis relevés aisément, beaucoup grâce à l’humour, parfois même à renfort de jeu fanfaron. Mais Confidences sur l’oreiller semble avoir été composé en pensant surtout aux effets, et en interrogeant peu ce que le sujet de l’onirisme pouvait apporter à la forme — incluant le corps (son état, ses gestes) — ou à la mise en public. Si dans ses meilleurs moments, la vidéo joue d’images d’un certain surréalisme, elles semblent parfois kitch ou dada datées. Le jeu sur les différents plans (écran arrière, corps à mi-scène, projection sur le corps, ombre) ne crée pas de profondeur de champ, et une impression d’aplat subsiste.

Pas de confusion de perceptions ici, pas d’immersion dans l’univers, ni pour le spectateur ni pour la danseuse. Pas de réelle étrangeté. On ne peut s’empêcher, en creux, de penser au travail de Stéphane Gladyszewski (Corps noir, Chaleur humaine). Le rythme de ces Confidences est hyperrégulier, chaque vignette étant grosso modo de la même longueur, alors que les diffractions du temps sont un des traits des rêves. Langfelder, toujours juste, n’arrive pas à une incarnation réellement ancrée, reste en superficie, avec un matériau qui appelle pourtant à la profondeur et à l’intimité. On ne voit là des représentations de rêve. Confidences sur l’oreiller est un intelligent divertissement grand public, l’heure et demie du spectacle passe agréablement. Que du léger. Notons également de trop nombreuses fautes sur le texte à l’écran pour passer outre.

Confidences sur l’oreiller. Un essai sur les rêves

Une pièce de danse-théâtre de et avec Dulcinée Langfelder, au Théâtre Outremont, jusqu’au 20 janvier