«The Eternal Tides» de Lin Lee-Chen: nos lenteurs, nos rituels

Dans «The Eternal Tides», la chorégraphe Lin Lee-Chen s’attache à l’eau, à l’océan.
Photo: Michel Cavalca Dans «The Eternal Tides», la chorégraphe Lin Lee-Chen s’attache à l’eau, à l’océan.

« Nous vivons tous, humains, sur la même planète. Chacun de nous est comme une cellule de cette planète, illustre en entrevue Lin Lee-Chen, 68 ans. Si nous trouvons le calme, la tranquillité, nos coeurs alors peuvent communiquer. » C’est pourquoi, même si la chorégraphe taïwanaise croit que l’impact de la culture est énorme, omniprésent même sur un corps, elle ne craint nullement le choc culturel lorsqu’elle présente en Occident ses pièces qui jouent et réinventent les rites et cérémonies de son île natale. « Nous pensons que nous avons des cultures différentes, mais le noyau est le même, chez chaque individu. Et ainsi nous sommes liés. »

The Eternal Tides — traduit ici par Résurgences oniriques plutôt que par le littéral Marées éternelles — suit une trilogie faite de Miroirs de vie, Hymne aux fleurs qui passent et Chants de la destinée. Après s’être inspirée du ciel, puis de la terre et de l’homme, Lin Lee-Chen s’attache là à l’eau, à l’océan. « Taïwan est une île, tout entourée d’eau, rappelle-t-elle, elle dont la compagnie est composée exclusivement uniquement de membres taïwanais. La vie s’y écoule, elle passe. Et nous vivons là, toujours avec l’eau autour de nous. Dans cette chorégraphie, il y a beaucoup de souvenirs, beaucoup d’histoire passée — des souvenirs personnels et collectifs, groupés. »

Lenteur et énergie

Le style est cérémonial — incluant autant une grande lenteur que des montées d’énergie sauvage —, excluant pourtant radicalement le cérémonieux, exigeant des danseurs une justesse de présence et de technique implacable. Mais spectaculaire à la fois. Car Lin Lee-Chen est inspirée autant par des histoires que par un morceau de soie ancien qu’elle utilisera comme onde visuelle ou costume, dont le passé peut irradier, à la fois des fibres ou à travers un danseur ; par le mouvement du feu des lampions ; par un corps transformé, blanchi à la poudre de riz, emplumé, rougi, entièrement maquillé ; par les mouvements intérieurs, intimes ; par les éléments ; par de longues branches séchées ; etc. On croit, quand on regarde les captations de ses pièces, voir défiler des archétypes, des personnages orientaux immémoriaux surgis des fantasmes, sans pourtant avoir jamais tout à fait rien vu de pareil.

Lin Lee-Chen a développé une technique pour les danseurs de sa compagnie, un entraînement en deux volets, physique et psychologique. « L’axe est la colonne vertébrale, et de là nous divisons le corps en huit parties. On cherche une stabilité du corps, un calme. L’entraînement vise à trouver une grande concentration, une concentration absolue. Quand on atteint ce point, c’est comme de l’eau qui se propage, et alors les sentiments ruissellent petit à petit. Ça crée une force énorme. » La compagnie travaille ainsi autour de six caractères chinois, six principes à suivre. La stabilité. La tranquillité, la paix, tente de préciser le traducteur. La relaxation. La plongée intérieure. La lenteur. Et la force, l’énergie.

C’est après s’être retirée pendant huit ou neuf ans que cette icône taïwanaise a trouvé sa manière, alors que sa danse s’est grandement ralentie. « La lenteur est très importante, explique-t-elle en entrevue par le truchement du traducteur mandarin, mais comme processus, pas en elle-même. Le temps qui passe lentement, lentement forme petit à petit la force — une force qui ne se voit pas, mais qu’on peut ressentir, que le spectateur peut ressentir. Comme lorsqu’on observe une graine, une semence à la loupe, et son lent déploiement. » À découvrir.

The Eternal Tides

Une chorégraphie de Lin Lee-Chen et du Legend Lin Dance Theater avec vingt danseurs, une chanteuse et deux musiciens. Au Centre national des arts d’Ottawa le 20 janvier et présenté par Danse Danse à Place des Arts à Montréal du 24 au 27 janvier.