Les 7es Prix de la danse prennent un tournant politique

Le prix Découverte honorait cette année l’interprète Paige Culley. 
Photo: Sylvie-Ann Paré Le prix Découverte honorait cette année l’interprète Paige Culley. 

Elle était émouvante, cette cérémonie de remise des Prix de la danse de Montréal. Émouvante parce que les lauréats, autant que les présentateurs de cette 7e édition, ont assumé, chacun pour soi et en même temps ensemble, un tournant politique. Ils ont nommé, sans langue de bois mais avec une reconnaissance sincère, tous ceux qui, dans l’ombre, les ont aidés. Ils ont revendiqué, ici plus de temps et de moyens pour la création, là une attention particulière aux situations de pouvoir qui peuvent dégénérer lorsqu’au nom de l’art les « danseurs et danseuses remettent leurs corps et leurs talents dans les mains des autres, souvent pour le meilleur mais parfois pour le pire ». La danse, souvent nommée comme une communauté qui parle peu, défaisait avec grâce jeudi ce lieu commun.

Les jurys aussi ont contribué à distiller cette émotion, eux qui n’ont pas hésité à sortir des barèmes imposés dans leurs choix. Ainsi, le prix Découverte, qui, depuis la naissance des Prix de la danse en 2011 était toujours remis à un chorégraphe, honorait plutôt cette année l’interprète Paige Culley, particulièrement pour son travail dans le Pour de Daina Ashbee. Ainsi, la catégorie Interprète s’est vu scindée en deux afin de saluer ex aequo Esther Gaudette (Daina Ashbee, Daniel Léveillé) et Manuel Roque (pour son propre solo bang bang). C’est d’ailleurs bang bang qui a remporté le Prix du CALQ pour la meilleure oeuvre chorégraphique.

Daniel Léveillé a reçu cette année le Grand Prix de la danse, autant pour sa carrière chorégraphique qui rayonne à l’international (Solitudes Duos, Amour, acide et noix) que pour ses qualités de pédagogue et de mentor, lui qui guide autant les étudiants en danse de l’UQAM que plusieurs chorégraphes des nouvelles générations. Ce prix est assorti d’une bourse de 25 000 $.

Victor Quijada, de Rubberband Group, remportait le 3e Prix de la diversité culturelle ; Lorraine Hébert, ex-directrice générale du Regroupement québécois de la danse, celui de Gestionnaire culturelle ; et la philanthrope Constance V. Pathy remportait le Prix de la contribution exceptionnelle.

Leçon d’empathie

Si les remises de prix sont, par définition, des lieux où les lauréats s’étendent en remerciements, et si celle des Prix de la danse n’échappait pas à ce lieu commun, il y avait quelque chose d’émouvant aussi à voir ceux-ci faits, tour à tour, non seulement avec une réelle émotion, mais avec un désir de nommer les gens de l’ombre, ceux qui ne viennent pas chercher enveloppes et applaudissements mais qui sont de la construction d’une oeuvre, de la maîtrise d’un danseur, d’un chorégraphe. Répétitrices, professeurs, modèles — et Louise Lecavalier, présidente d’honneur, fut ainsi saluée plus d’une fois —, gestionnaires, diffuseurs furent tour à tour remémorés, faisant de ces prix non pas un moment d’attribution de lauriers à quelques élus, mais de reconnaissance du fait qu’il faut le travail de toute une communauté pour arriver à forger des oeuvres et des artistes brillants.