Une danse territoriale créée par Noémie Lafrance à Gatineau

Tout en alliant texte et danse, la pièce se déploiera dans le vaste espace de la Fonderie de Gatineau, tirant des fils narratifs entre les objets d’art qui y sont disséminés, dont les gazons artificiels quadrillés de clôtures de Michel De Broin. En répétition sur la photo.
Photo: Noémie Lafrance Tout en alliant texte et danse, la pièce se déploiera dans le vaste espace de la Fonderie de Gatineau, tirant des fils narratifs entre les objets d’art qui y sont disséminés, dont les gazons artificiels quadrillés de clôtures de Michel De Broin. En répétition sur la photo.

Créatrice de pièces sur mesure pour lieux inusités (parois du pont de Manhattan, piscine désaffectée, parking et toits d’immeuble), Noémie Lafrance excelle dans l’art de faire surgir la danse là où on ne l’attendrait jamais.

Si la Québécoise installée à New York a acquis une certaine notoriété en signant des chorégraphies pour de grands noms de la scène musicale, tels que Feist, David Byrne ou encore Justin Timberlake, elle s’est aussi démarquée dans le paysage artistique international avec ses performances hors les murs et dans les musées et galeries à travers le monde. De passage dans sa région natale à l’occasion de l’exposition À perte de vue, l’artiste compte mettre en lumière et en mouvement les différentes facettes de l’exposition se tenant à la Fonderie de Gatineau.

Imaginée avec son conjoint, le dramaturge Peter Jacobs, la pièce prend pour terrain de jeu l’espace de la Fonderie de Gatineau, bâtiment industriel d’envergure reconverti en centre sportif, où sont exposées, cet été, des installations spécialement conçues par une dizaine d’artistes visuels canadiens. Le travail chorégraphique mené par Noémie Lafrance se pose en dialogue avec chacune des oeuvres, qui suscitent une réflexion sur notre rapport à la nature, à l’aménagement du territoire et à l’environnement.

Architecture et enjeux coloniaux

Pour les deux artistes, l’architecture et les infrastructures qui nous entourent nous modèlent et déterminent les trajectoires de nos corps, nos mouvements, nos façons d’agir et de penser. Tout en alliant texte et danse, la pièce se déploiera dans le vaste espace, tirant des fils narratifs entre les objets d’art qui y sont disséminés, dont les gazons artificiels quadrillés de clôtures de Michel De Broin et les piscines où défèquent des oiseaux de Graeme Patterson. « En passant d’un espace à l’autre, on apporte un angle complètement différent sur chaque oeuvre, explique-t-elle. Les installations deviennent un plateau pour les danseurs, sur lequel les spectateurs sont inclus. »

Étant située dans le cadre du 150e anniversaire du Canada, aux yeux de Noémie Lafrance, la performance dans son processus ne pouvait écarter la question coloniale. « À travers le thème de l’environnement se pose la question des territoires autochtones. On ne peut pas ignorer la position coloniale dans laquelle on se trouve nous-mêmes en tant qu’artistes », affirme-t-elle. Tout comme les oeuvres auxquelles sa création fait écho, elle se positionne de manière critique face aux thèmes du colonialisme et du nationalisme : « On n’a pas voulu adopter le point de vue amérindien, vu qu’on n’est pas amérindiens, poursuit-elle. On voulait simplement reconnaître qu’on fait partie de la culture coloniale — même si on n’est pas nécessairement d’accord avec ce que le gouvernement peut décider de faire. On n’en est pas tant séparés, et il ne fallait pas que cet enjeu soit un non-dit [“an elephant in the room”]. »

Invitant auprès de ses performeurs une trentaine de non-danseurs, la pièce se veut inclusive et participative. Il s’agit, de plus, pour la chorégraphe, de travailler avec l’envergure de l’espace tout en envisageant le public comme une part intégrante de l’architecture : « Le public devient le spectacle et fait partie de l’action. C’est l’occasion d’inclure des gens désirant aller plus loin dans leur expérience de spectacle », affirme la créatrice, qui a fait appel aux acteurs Noémie Godin-Vigneau et Marc-André Charette pour jouer les rôles principaux et prendre part à l’interprétation de l’espace afin d’habiter les lieux, d’apporter du mouvement, ainsi que de nouvelles perspectives sur les oeuvres des artistes visuels de l’exposition À perte de vue.

Une performance de Noémie Lafrance et Peter Jacobs dans le cadre de l’exposition À perte de vue organisée par AXENEO7. Avec Amanda Bon, Jean Bellefleur, Solange Paquette, Stéphanie St-Jean Aubre, Judith-Anne Poitras, Stephane Reneault, Joel Paulin, Ulysses Jacobs, Jocelyn Todd, Komi Seshi, Camille Litalien et Ayelen Liberona, Noémie Godin-Vigneau et Marc-André Charette, accompagnés de 30 participants.