Marie Chouinard, commissaire à Venise

Marie Chouinard propose un fort contingent québécois pour les prochaines années de son commissariat artistique du volet danse de la Biennale de Venise, dont Benoît Lachambre (ci-dessus dans sa création «Lifeguard).
Photo: Karolina Miernik Marie Chouinard propose un fort contingent québécois pour les prochaines années de son commissariat artistique du volet danse de la Biennale de Venise, dont Benoît Lachambre (ci-dessus dans sa création «Lifeguard).

Photo: Sylvie-Ann Paré

C’est aujourd’hui, vendredi 23 juin, que démarre dans la Sérénissime la 11e édition du volet danse de la Biennale d’art de Venise. Une édition pensée par la chorégraphe Marie Chouinard, qui tâte ici pour la première fois, et pour les quatre prochaines années, du commissariat artistique. Son édition propose un fort contingent québécois, Mme Chouinard invitant les Louise Lecavalier, Benoît Lachambre, Daina Ashbee, Dana Michel et consorts à côtoyer là les oeuvres des Lucinda Childs, Xavier Le Roy et Robyn Orlin.

Voilà donc l’auteure du Sacre du printemps (1993), d’Orphée et Eurydice (2008) et de Nombre d’or (Live) (2010) commissaire pour la première fois ; un travail fort différent de celui de chorégraphe qui est habituellement le sien.

C’est une continuation fantastique : au lieu de rejoindre le public seulement par mes œuvres, je le rejoins par les œuvres des autres

 

Qu’est-ce qui la frappe le plus dans ce nouveau job ? « Comme toujours, le bonheur de donner ; de donner des occasions, des chances ; de communiquer, explique-t-elle au Devoir en entrevue téléphonique de Venise, où elle séjournera quelque trois mois par année, le temps de son mandat. C’est une continuation fantastique : au lieu de rejoindre le public seulement par mes oeuvres, je le rejoins par les oeuvres des autres. Comme si on me donnait la possibilité de donner et de recevoir sur un plateau immense, avec la vision qui est la mienne. » Quelle est cette vision ? La nouvelle commissaire refuse de la définir. Elle choisit des artistes ou des oeuvres en lesquels elle croit, sans arriver « à l’expliquer de façon théorique et intellectuelle ». Elle précisera toutefois, plus tard, chercher « l’intelligence, la vision, le sens artistique ».

La présence québécoise est plus que notable dans cette première programmation signée Chouinard. S’y glissent Untied Tales (2015) de Clara Furey et Peter Jasko, So Blue (2013) de Louise Lecavalier, Lifeguard (2016) et une nouvelle création de Benoît Lachambre, Yellow Towel (2013) de Dana Michel, Unrelated (2014) et When the Ice Melt Will We Drink the Water (2016) de Daina Ashbee — et du Marie Chouinard, bien sûr, dont le plus récent Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge ne sera vu à Montréal qu’à l’automne prochain.

Une visibilité précieuse en Europe, donc, dans un grand festival, pour plusieurs chorégraphes d’ici. « C’est certain qu’il va y avoir des Québécois dans la programmation chaque année [de mon mandat], précise la commissaire, qui ne se soucie guère de représentativité ou de diplomatie culturelle quand elle pense ses événements. Nos chorégraphes sont juste trop forts et trop bons, et ils ne sont pas assez appréciés au Québec. On ne se rend pas compte des grands artistes que l’on a, de leur valeur, ni à quel point ce qu’ils font est extraordinaire. » Ce voyage, comme tous les voyages, est important pour les artistes, « surtout en danse. Si on reste juste dans notre ville, comme chorégraphe, on fait vite le tour de notre public, alors qu’on peut en trouver partout dans le monde ». La danse est un art vivant, écrit Marie Chouinard pour la Biennale, et ses oeuvres sont menacées d’extinction dès qu’elles ne sont plus incarnées ; leur offrir une durée de vie qui va au-delà de leurs premiers pas est, conséquemment, un acte politique.

Apprendre à écrire les pas

En parallèle au festival de danse, se tient chaque année un collège, où de jeunes danseurs professionnels viennent en stage, fort intensif, trois mois durant. Marie Chouinard y a ajouté cette année un premier collège chorégraphique, car « la Biennale avait un collège pour les danseurs, pour les réalisateurs de films, pour les compositeurs, pour l’écriture dramatique, mais pas pour les chorégraphes. Et pourtant, il existe certainement et clairement une danse d’auteur », explique-t-elle dans son mot officiel.

« J’ai choisi trois jeunes chorégraphes,ajoute-t-elle de vive voix, un d’Australie, un d’Espagne et un d’Italie. Chacun va créer une pièce avec sept danseurs professionnels engagés pour l’occasion ; ils ont six semaines pour créer une courte pièce d’une quinzaine de minutes, mais ils sont tous en train de faire au moins des pièces de 30 minutes, qui seront présentées dans le cadre du festival. »

Premier chapitre (First Chapter), le volet danse de la Biennale de Venise, se tient du 23 juin au 1er juillet.

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 23 juin 2017 10 h 49

    C'est une grande chorégraphe.

    Bravo!

    https://www.youtube.com/watch?v=EimwLIk_U28