«7 Pleasures», de Mette Ingvertsen: ce politique objet du désir

La chorégraphe Mette Ingvertsen
Photo: Danny Willems La chorégraphe Mette Ingvertsen

Pour sa première venue en Amérique du Nord, au FTA, la jeune chorégraphe danoise Mette Ingvertsen s’amène avec une exploration décomplexée de la sexualité qui confronte joyeusement nos pudeurs. Subtil, puissant et un poil provocant, 7 Pleasures court-circuite les représentations habituelles de la nudité, l’hypersexualisation ambiante et les codes de l’érotisme, tout en enclenchant une réflexion sur les pouvoirs et les enjeux politiques qui s’inscrivent à même nos désirs. Une expérience kinesthésique hors du commun menée par douze interprètes époustouflants.

Sur une scène aux allures de salon moderne, les danseurs entièrement nus s’empilent sur un haut-parleur. En mouvement, les chairs glissent, roulent les unes sur les autres pour se propulser, formant des sculptures orgiaques mouvantes, avalant les objets sur leur passage. Des cliquetis métalliques ressortent d’un fond sonore discret. La première séquence s’étire lentement dans le temps, permettant aux sensations de faire leur chemin jusqu’aux sièges des spectateurs.

Cette marée humaine se saisit d’objets du commun pour les tourner en objets de plaisir. Une plante se fait lécher et mordiller les feuilles, une table et un siège en cuir deviennent des surfaces idéales où se frotter, des tuyaux d’arrosage s’avèrent de parfaites cordes de bondage. Puis survient une première rupture de ton où les lumières s’agitent, les chairs convulsent jusqu’à la jouissance. Les fesses, les sexes, les seins, les têtes secoués dans tous les sens jusqu’à la transe. Les cordes orange suspendues au plafond et les tuyaux d’arrosage tendus à travers l’espace claquent sur le sol s’inscrivant dans la partition chorégraphique et s’ajoutant au rythme intense des percussions. Les danseurs déchaînés n’hésitent pas à faire irruption parmi les spectateurs.

Retour au calme et aux drôles de séances d’onanisme — jamais explicites —, crachats, mouvement de bassin des plus suggestifs. Au fur et à mesure qu’on avance dans la performance dont se dégage beaucoup d’humour, le ton se fait par endroits plus grave. La scène devient un vrai champ de bataille où les interprètes s’agrippent, se repoussent, se contraignent. De ces luttes, on ne discerne plus la résistance des étreintes. Des séances de sadomasochisme où ceux qui sont à moitié habillés détiennent un pouvoir sur les nus confèrent un ton politique à la pièce. L’équilibre revient avant que les corps offerts poussent des soupirs sourds à l’unisson, reprenant peu à peu le pouvoir en un concert de jouissance, brandissant des coussins comme lors d’une protestation.

7 Pleasures

Chorégraphie de Mette Ingvartsen avec Johanna Chemnitz, Katja Dreyer, Bruno Freire, Elias Girod, Gemma Higginbotham, Dolores Hulan, Calixto Neto, Danny Neyman, Norbert Pape, Pontus Pettersson, Manon Santkin, Hagar Tenenbaum. Présenté dans le cadre du FTA à l’Usine C les 26 et 27 mai 2017.