L’empathie du spectateur en jeu dans «Idéation ludique»

Le duo d’Esther Rousseau-Morin et Nathan Yaffe se détache nettement de ce triptyque.
Photo: Frédéric Chais Le duo d’Esther Rousseau-Morin et Nathan Yaffe se détache nettement de ce triptyque.

Du siège du spectateur à la scène, il y a une infime distance ne demandant qu’à être franchie. La soirée Idéation ludique, présentée par Tangente, invite à repenser le rapport du spectateur aux corps en scène. Au fil des trois performances, le quatrième mur s’effrite subtilement ou sous diverses modalités. Le duo d’Esther Rousseau-Morin et Nathan Yaffe se détache nettement de ce triptyque. À la fois jeu d’enfant et de pouvoir, la performance imaginée par Andréa de Keijzer et Erin Robinsong explore ingénieusement les tensions entre les sentiments de connivence et d’empathie provoqués chez le spectateur.

Sur une scène aux allures de laboratoire, deux performeurs se prennent mutuellement comme cobayes. Des objets du quotidien sont alignés sur le plateau. Un rouleau de papier absorbant, un vaporisateur, une souffleuse à feuilles et une panoplie d’instruments pourront être utilisés par les interprètes pour se faire peur et envahir le corps de l’autre.

Nathan Yaffe se tient à quelques pas des spectateurs. Son corps est soumis au pouvoir de sa partenaire qui déambule derrière lui, hors de son champ de vision. Il montre graduellement des signes d’appréhension et de stress, essayant d’anticiper les gestes invasifs qu’Esther s’apprête à poser sur lui. Soudainement, celle-ci le saisit par la taille, provoquant les hurlements de Nathan qui en tombe à la renverse.

Les rôles s’inversent et le jeu est poussé encore plus loin alors que, tour à tour, l’un devient le pantin de l’autre. Parfois horripilantes, les scènes d’une tendre cruauté ne manquent pas de déclencher les éclats de rire dans la salle : banane insérée dans la bouche, glaçon glissé dans le dos, ruban adhésif collé sur la peau, et même papier d’emballage collé sur le visage à l’aide d’une souffleuse.

Une complicité et une relation triangulaire se créent entre les deux artistes en scène et le public. Le regard du spectateur fait partie intégrante du jeu, les interprètes pouvant saisir les émotions qui traversent les visages dans les premiers rangs pour anticiper ce qui les guette. Bien qu’au départ stimulant, peu à peu le jeu s’use en s’étirant en longueur. Une intéressante prémisse, qui mériterait cependant d’aboutir à une réflexion plus approfondie. À suivre.

Vampiriser l’oeuvre des autres

Dans Human Synthesizer, Katie Ward mise sur le sentiment de communion entre les spectateurs, en les conviant à prendre place sur des chaises disposées en cercle. L’artiste apparaît en exécutant une gigue, sautillant d’un pied sur l’autre au centre de la ronde. Michael Feuerstack et Paul Chambers, concepteurs de son et des lumières viennent introduire divers artéfacts piqués aux performances précédentes. Échelle, talons aiguilles, orange, noix de coco, fils et amplis viennent obstruer l’espace dans lequel évolue la danseuse en perpétuel mouvement. Un flot continu se crée alors qu’elle réagit au son spatialisé d’une musique ambiante rétro. Se dessine ici un espace-temps intimiste où se côtoient curieusement des mouvements évoquant le folklore et une installation contemporaine en train de se faire.

Claudia Chan Tak et Louis-Elyan Martin proposent, quant à eux, une création assez maladroite sur l’art chorégraphique conceptuel. Alors que se multiplient des parodies en référence au travail de certains chorégraphes montréalais, les tableaux se zappent les uns les autres sans être creusés. On finit par décrocher rapidement tandis que l’humour de la proposition tombe souvent à plat.

Idéation ludique

Facing Away from That Which Is Coming: d’Andréa de Keijzer et Erin Robinsong, avec Esther Rousseau-Morin et Nathan Yaffe; Tangente conceptuelle: de et avec Claudia Chan Tak, Louis-Elyan Martin et Sébastien Provencher; Human Synthesizer: de et avec Katie Ward. Présenté par Tangente au Wilder jusqu’au 19 mars.

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