Noche Flamenca en dix duos

Soledad Barrio est la danseuse étoile au cœur de la troupe Noche Flamenca.
Photo: Nuits d’Afrique Soledad Barrio est la danseuse étoile au cœur de la troupe Noche Flamenca.

Martin Santangelo l’avoue d’emblée : « J’ai commis un vol. » Le chorégraphe et directeur artistique de la troupe Noche Flamenca parle ainsi de la pièce de théâtre du Viennois d’origine juive Arthur Schnitzler dont il s’est inspiré pour son tout nouveau spectacle présenté au Gesù dès vendredi. En fait, c’est plutôt la structure de la pièce La ronde. Dix dialogues (1897), également titre de sa création, qu’il s’est permis d’usurper.

C’est donc à travers des duos — dix duos d’environ 4 minutes — que les artistes de cette compagnie, célébrée partout dans le monde et maintes fois récompensée, communieront sur scène. « Mon interprétation de la pièce n’est pas tant narrative, elle n’est pas fidèle à la pièce de théâtre, explique-t-il. La structure [de duos] me permet d’explorer les êtres, et ce, dans une perspective très intime, puisqu’on y décèle des parties de nous qui ne se voient pas normalement. »

Publiée en 1903 et censurée l’année suivante, La ronde (Reigen) consiste en dix brefs dialogues entre un homme et une femme qui ont une relation sexuelle, par des jeux de séduction et de pouvoir sans que l’acte sexuel soit mis en scène comme tel. Allant contre les « bonnes moeurs », la pièce fit scandale et Schnitzler fut même envoyé en prison. « La pièce n’est pas sur le sexe, mais sur l’amour, ou plutôt sur ce qui se passe dans la tragédie de l’amour. C’est plutôt triste et intime », souligne Martin Santangelo, dont l’épouse et la muse, Soledad Barrio, est la danseuse étoile au coeur de cette troupe flamenca très théâtrale qui vient régulièrement visiter le Québec.

Les duos qui se succéderont, comme dans une ronde, laisseront entrevoir différents aspects de la personnalité de chacun des artistes et la confrontation de leurs désirs enfouis. La danseuse avec le chanteur, le chanteur avec le guitariste, le guitariste avec le danseur, etc. Selon la personne avec qui on est, certains côtés de nous ressortent plus que d’autres, croit le directeur artistique. « Je sais que c’est curieux parce qu’en flamenco, normalement, les musiciens sont derrière et la danseuse prend le devant de la scène. J’ai voulu rompre avec ça, dit le chorégraphe. C’est une façon pour moi de dire que chacun des artistes de ma compagnie a son importance, et ils doivent être vus tels qu’ils sont. »

Pas que la danse

Avec ce tout nouveau spectacle, qui a connu les honneurs aux États-Unis, dont le prestigieux Bessie Award, Martin Santangel, dont les créations s’attardent à l’essence et à la pureté de cet art déclaré patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2010, souhaite briser la forme plus conventionnelle du flamenco. « Après tout, la partie la plus importante, ce n’est pas la danse, c’est le chant. Le chant est la raison pour laquelle on joue de la guitare et pour laquelle on danse. Mais de nos jours, c’est la danseuse ou le danseur qui est le protagoniste principal du flamenco, parce que c’est la partie la plus attrayante visuellement, la partie “spectacle, show”. On abuse tellement de la danse. Pourtant, tout est important dans le flamenco. Malheureusement, on vend ce qui fait vendre. »

La « fonction » du flamenco, poursuit-il, est de parler de l’humanité. Et d’amour. Au-delà de toutes structures, c’est ce que La ronde promet de transcender.

La Ronde

Noche Flamenca Les 25, 26 et 27 novembre 2016 au Gesù