Danse - L’écriture des corps

Lors de sa première visite à Montréal en 2001, Käfig avait littéralement séduit le public, jeune et moins jeune. Présenté à guichets fermés, 10 versions révélait alors aux Montréalais le talent du chorégraphe français Mourad Merzouki, qui a revêtu le hip-hop de ses habits de scène tout en préservant son énergie brute initiale, venue de la rue. Avec Corps est graphique, le jeune créateur de 30 ans réaffirme son parti pris esthétique dans le traitement d’une danse issue des revendications sociales des communautés minoritaires dans les grands centres urbains.

«J’évite de rester sur le propos social dans mes pièces; ce qui m’intéresse, c’est d’amener cette danse qui est née dans la rue vers le public, de la montrer sous un angle plus esthétique, visuel, technique», indique Mourad Merzouki. Pour marquer cette approche, le chorégraphe a choisi, dans cette nouvelle pièce pour huit interprètes, de juxtaposer les gestuelles féminines et masculines du hip-hop, d’autant plus distinctes l’une de l’autre que les femmes commencent à peine à s’exercer à cette forme de danse.
«Je ne voulais pas m’attarder sur la question de l’homme et de la femme, en faire un Roméo et Juliette, précise-t-il. J’avais plus envie de mettre la danse proposée par l’homme et la femme au service d’une écriture chorégraphique, même si le rapport homme-femme se retrouve inévitablement dans le spectacle.» Pour concentrer l’attention sur la mécanique des corps propre à chaque sexe, les danseurs sont d’ailleurs affublés de curieuses boîtes carrées qui masquent leur visage.
Cet attrait pour la mise en forme esthétique du hip-hop, Merzouki l’a depuis le début de sa carrière, il y a dix ans, ce qui l’a mené très vite à travailler avec des chorégraphes contemporains. Il ne cherche pas à évacuer le contenu social de la danse, au contraire. «Mon histoire, ma culture m’ont vite rattrapé au galop. C’est difficile de dissocier les deux choses, le social et l’artistique. Il y a toujours cette question de quête d’identité», explique le jeune chorégraphe d’origine kabyle qui a grandi en banlieue lyonnaise.
Mais s’il s’employait, à ses débuts, à «positiver l’essence de la culture du hip-hop à partir d’un langage artistique», Mourad Merzouki estime aujourd’hui cette action inhérente à son travail et peut désormais se consacrer au développement d’une signature artistique. La pièce Corps est graphique, qui dérive d’une rencontre avec un calligraphe, reflète bien cette quête. «Ce qui m’a plu, c’est qu’il parlait de sa calligraphie comme je parle de la danse, c’est-à-dire qu’on n’a pas besoin de comprendre ce qui est dit pour y trouver de la beauté, raconte-t-il. Les corps dansants, pour moi, c’est aussi de la calligraphie.»
n Corps est graphique, de la compagnie Käfig, du 25 au 28 février à l’Usine C.