Le Québec en exclusivité à Pittsburgh

À partir d'aujourd'hui et jusqu'à la mi-mai, une centaine d'artistes québécois déferleront sur les scènes de la ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, à l'occasion du Festival Québec.

L'événement propose quelque 50 productions québécoises touchant aux disciplines de la danse, du théâtre, du cirque, du cinéma, de la musique, de l'architecture et des arts visuels. Le cirque Éloize, le Théâtre Sans Fil, I Musici, O Vertigo, Marie Chouinard et les films de Denys Arcand et de Robert Lepage figurent notamment à la programmation. Des activités liées au milieu académique s'y sont aussi greffées.

La délégation générale du Québec à New York, partenaire de l'événement, tient toutefois à distinguer cette vitrine des Saisons qu'a déjà organisées le gouvernement québécois à Paris, à New York et à Mexico. «Ce n'est pas la même approche qu'une Saison, explique son directeur Michel Robitaille. D'abord parce que c'est le Pittsburgh Cultural Trust qui nous a approchés et qui achète tous les spectacles et expositions. Deuxièmement, c'est surtout une manifestation culturelle», alors que les Saisons avaient aussi développé des volets économique et technologique.

L'art de revitaliser

un centre-ville

Le Pittsburgh Cultural Trust, un organisme sans but lucratif financé par l'entreprise privée, mise sur l'art pour revitaliser le centre-ville depuis l'effondrement de l'économie de Pittsburgh il y a vingt ans. Le poumon de l'ancienne ville industrielle s'est ainsi transformé en un quartier culturel qui compte de nombreux théâtres et lieux de diffusion.

«Le Cultural Trust, qui a été fondé en 1984, attire environ 1,2 million de spectateurs par année, rapporte M. Robitaille. C'est la première fois qu'il organise un festival international consacré à une région et il voulait commencer avec le Québec.» Kevin McMahon, qui préside l'organisme américain, a trouvé en Montréal un modèle à suivre pour Pittsburgh.

Si le Cultural Trust mène le bal, la délégation a facilité les liens entre Pittsburgh et les artistes du Québec. Elle a aussi invité 1000 diffuseurs américains. Aucun budget spécial n'a toutefois dû être dégagé par le gouvernement, comme c'était le cas avec les Saisons, qui pouvaient coûté jusqu'à 10 millions de dollars. Rien de comparable, donc, pour ce qui est de l'ampleur, avec les Saisons.

Coûts et retombées

Sans révéler le coût exact du Festival Québec, M. Robitaille fait une estimation sommaire du budget: «Le Cultural Trust anticipe des revenus de billetterie de 300 à

400 000 $US. Son principal partenaire privé, Alcoa, a donné

50 000 $US. De notre côté, on calcule qu'environ 60 000 $CAN ont été attribués à l'opération, mais à partir de programmes existants», les services culturels de la délégation bénéficiant d'un budget du ministère de la Culture pour aider les artistes québécois en sol américain. S'ajoutent les subventions que le Conseil des arts et des lettres alloue ordinairement aux compagnies pour les soutenir dans leurs projets de tournée.

Difficilement chiffrables pour l'instant, les retombées seront d'autant plus importantes, selon M. Robitaille, que l'événement s'étale sur trois mois et est consacré exclusivement au Québec. «Les retombées médiatiques se chiffrent déjà à plusieurs milliers de dollars; et pour les artistes qui sont là, ça va certainement susciter d'autres contrats», indique-t-il.

Avec la fermeture du Bureau des Saisons en décembre dernier, assisterait-on à l'émergence d'un nouveau modèle d'événements du Québec à l'étranger, de moindre envergure et à moindre coût, tel que souhaité par le gouvernement? «Je n'irais pas jusqu'à dire que ça remplacera les Saisons, mais c'est certainement un modèle à répéter, assure M. Robitaille. C'est un autre type d'intervention, mais ça donne une bonne visibilité au Québec. Peut-être que, dans des périodes où on essaie d'économiser un peu partout, c'est une bonne façon de faire.»