Sobre élégance

La danse renversante du Ballet de l'Opéra de Lyon a donné le coup d'envoi au cinquième Festival Montréal en lumière hier.
Photo: Jacques Grenier La danse renversante du Ballet de l'Opéra de Lyon a donné le coup d'envoi au cinquième Festival Montréal en lumière hier.

Le spectacle d’ouverture du Festival Montréal en lumière (FML) allait comme un gant à l’événement commandité par Hydro-Québec. À l’invitation des Grands Ballets Canadiens, et co-produit par le FML, le Ballet de l’Opéra de Lyon livre, jusqu’à samedi, un programme triple tout en lumières, consacré à la musique de Maurice Ravel.

De la sobre élégance de Un Ballo de Jiri Kylian aux ombres lascives du Boléro de Meryl Tankard, la soirée porte le sceau d’une belle l’unité et d’une rare fluidité. En revanche, le programme manque de piquant et d’audace, notamment à cause de l’égalité d’humeur qui s’en dégage. Le quintette Gaspard de Tero Saarinen constitue sûrement le moment le plus intrigant de la soirée.
Livrée sur Gapard de la nuit de Ravel, la pièce du chorégraphe finlandais nous projette dans un univers étrange qui ne semble pas soumis aux lois de la gravité. Les cinq danseurs, telles des poupées mues par des forces extérieures, sont en perpétuelle quête d’équilibre, absorbés dans l’évanescence d’un songe. La masse d’abord unifiée de danseurs qui se balancent, comme emportés par la même vague, se défait soudain en éléments isolés, erratiques et autonomes.
La danse va de mouvements à peine esquissés, parfois désarticulés et tâtonnants, à des gestes amples et déployés. D’abord engoncées dans de curieuses robes sacs, les danseuses s’en libèrent ensuite comme le papillon s’extirpe de sa chrysalide. Toute la pièce est baignée d’une lumière superbe où des zones d’extrême intensité en côtoient d’autres plus diffuses. Le chorégraphe dit s’être inspiré, indique le programme, du dualisme de l’oeuvre de Ravel qu’il perçoit comme la radiographie d’une tête d’homme en tumulte devant les possibles infinis de sa vie.
La soirée s’ouvre, tout en symétrie, avec Un Ballo du maître des pas de deux, Jiri Kylian. Les ponts d’éclairages, garnis de chandelles, ont remplacé le candélabre classique pour ce bal moderne. Difficile de résister à la pureté de ces lignes néo-classiques. Malgré son formalisme un peu rigide, la pièce atteint quelques sommets de lyrisme quand les corps s’imbriquent l’un dans l’autre dans un parfait accord avec la musique du Tombeau de Couperin et de Pavane pour une infante défunte.
Quant au Boléro de l’Australienne Meryl Tankard, il ne manque pas de panache, ce qui sied bien à la musique un peu emphatique du Boléro de Ravel. Derrière une toile sur laquelle sont projetées images et textures, les danseurs, prolifération d’ombres chinoises, se déhanchent lascivement. Les jeux de perspectives et les illusions d’optiques qui en découlent, juxtaposant corps géants et frêles, sont certes un plaisir pour les yeux. Mais le procédé prend le dessus sur le contenu. Détournée d’elle-même et misant sur l’effet qu’elle produit, la danse s’en trouve réduite à des formes un peu simplistes.
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BOLÉRO ET AUTRES LUMIÈRES SUR RAVEL
du Ballet de l’Opéra de Lyon, du 19 au 21 février à la Salle Wilfrid-Pelletier