Danse - Nouvelles implosions chorégraphiques

Pour sa série Big Bang #3 - Désir, Montréal Danse révèle le travail de la Coréenne Ae-Soon Ahn en plus d'offrir des inédits de José Navas et de la Belge Karine Ponties.

Parmi les compagnies majeures, Montréal Danse fait classe à part. Sans graviter autour d'un seul chorégraphe, la troupe est constituée d'un noyau dur de dix danseurs permanents et se prête aux univers de créateurs divers, d'ici et d'ailleurs. Avec la troisième édition de sa série Big Bang, la directrice artistique de Montréal Danse promet une véritable onde de choc provoquée par la rencontre de trois chorégraphes expérimentés, le Québécois José Navas, la Coréenne et la Belge Karine Ponties.

«J'ai changé mon concept de Big Bang. Initialement, c'était avec de jeunes chorégraphes, mais j'avais envie de travailler avec des gens plus expérimentés», explique Kathy Casey. Big Bang se veut un mélange de voix distinctes mais complémentaires, selon la directrice. La plus distincte des voix est sans doute celle, méconnue, de Ae-Soon Ahn.

«Elle ne nie pas ses racines culturelles, commente la directrice en référence au style plus traditionnel de danse qui a cours en Corée. Mais elle a un vocabulaire très explosif et une façon de jouer avec le chaos dans la structure de ses pièces.»

Si Mme Casey reconnaît son penchant pour les oeuvres très physiques, elle admet que cet aspect ne suffit pas à combler ses attentes de productrice — et de spectatrice. «J'ai besoin de voir quelque chose qui me touche émotivement et qui m'excite sur le plan kinesthésique ou intellectuel», ajoute-t-elle.

Un tourbillon

Ae-Soon Ahn présente le quintette One Second, qui s'enracine dans l'expérience troublante de sa quasi-noyade, vécue, ainsi que le veut le cliché, comme un condensé de sa vie défilant rapidement devant soi. «La pièce commence et finit une seconde plus tard, décrit la directrice. On a l'impression d'être pris dans un tourbillon dont on ne peut plus sortir.»

Toute la petite équipe de Montréal Danse a craqué pour cette femme rieuse et toute menue, qui n'avait de cesse de s'extasier devant les corps massifs et musculeux des danseurs occidentaux. «Elle les trouvait énormes, rapporte Kathy Casey. Elle voulait toujours toucher les danseurs, leurs muscles. Et elle disait:

je veux voir la blancheur de leur peau.»

Mais la fascination allait au-delà du physique. La chorégraphe coréenne s'émerveillait aussi devant l'engagement émotif, total, des danseurs. «Là-bas, il y a une certaine distance par rapport à l'interprétation, c'est d'abord physique», rappelle la directrice, qui souligne du même souffle la formation extrêmement exigeante des danseurs coréens. Ae-Soon s'est donc prise au jeu et a laissé aux danseurs une liberté d'action qu'elle n'avait jamais permise auparavant, s'émerveillant devant la danse qui prenait forme devant ses yeux.

C'est un curieux concours de circonstances — une proposition tombée des nues jointe aux disponibilités réduites de Navas pour créer une oeuvre longue — qui a lancé la directrice de Montréal Danse sur les traces de la danse coréenne, beaucoup plus variée qu'elle ne l'avait imaginé. Au départ, Kathy Casey prévoyait un programme double partagé entre José Navas et Karine Ponties, auxquels s'est finalement jointe la Coréenne.

On a pu voir le travail de Karine Ponties à l'Agora de la danse, la saison dernière. Avec Brucelles, la chorégraphe belge dévoilait les ramifications théâtrales et surréalistes de ses chorégraphies. Dernièrement, elle a aussi flirté avec le cirque et l'opéra. «Mais cette fois, elle a laissé beaucoup de place au mouvement», précise la directrice, qui l'a choisie pour la parenté d'esprit de son travail artistique avec celui de Montréal Danse.

Quant à l'irréductible José Navas, il a livré un duo un peu spécial, qui commémore en quelque sorte le fidèle travail de Manon Levac, interprète pour Montréal Danse depuis sa fondation. «Elle comprend très bien le travail de José», souligne Kathy Casey, qui perçoit dans la création de Navas l'histoire réécrite et abstraite d'Adam et Ève. «Il est allé dans deux mondes complètement différents; c'est concentré et ça bouge beaucoup, mais c'est très épuré et tout blanc, décrit-elle. Ça permet de voir un autre côté de José, plus féminin et plus doux.»

BIG BANG #3 - DÉSIR

Une production de Montréal Danse

Du 25 février au 6 mars à l'Agora de la danse