Danse, musique et prise de risques

Guillaume Côté, directeur artistique de l’événement, fait aussi partie de la programmation, avec les danseurs du Ballet national.
Photo: Aleksandar Antonijevic Guillaume Côté, directeur artistique de l’événement, fait aussi partie de la programmation, avec les danseurs du Ballet national.

Margie Gillis et Annik Bissonnette s’y sont présentées dès les premières années. La troupe new-yorkaise Shapiro Smith Dance et le Royal Winnipeg Ballet aussi, ainsi que des compagnies de flamenco ou de tango. Éclectique, le rendez-vous estival de Saint-Sauveur l’est depuis toujours, depuis 25 ans.

Dès mercredi, et pendant dix jours, la station de ski des Laurentides prend les couleurs du Festival des arts de Saint-Sauveur (FASS). Y défileront sous son chapiteau une grande dame du flamenco (Soledad Barrio), l’interprète en vogue Misty Copeland et la reine québécoise de la danse contemporaine, Louise Lecavalier. Parmi d’autres.

« Ce qui nous distingue, c’est qu’il s’agit d’un petit festival de danse classique, moderne et contemporaine. Ce sont trois mondes qui vivent très bien ensemble. À Montréal, il n’y a pas une institution qui le fait. [Avec nous], tu peux voir des styles différents dans la même semaine, dans le même spectacle », assure Guillaume Côté, directeur artistique du FASS depuis 2014.

Jadis Festival des arts Hiawatha, rebaptisé en 1997, le FASS carbure au mélange des genres et, un peu, des disciplines. Car, il faut le préciser, aux figures du ballet et de la danse s’ajoutent des musiciens. Hier, le Montreal Jubilation Gospel Choir et Lhasa de Sela s’y sont arrêtés. Pour la 25e édition, ce sont Martha Wainwright et Yannick Nézet-Séguin (avec l’Orchestre métropolitain) qui le feront. Elle, en ouverture du festival, lui, quatre soirées plus tard.

« Le fondateur Lou Gordon était un visionnaire et un grand amateur de danse. Mais c’est plus facile de présenter de la musique. C’est aussi plus facile à vendre. La musique fait partie de l’ADN du festival », explique son directeur, un homme du Saguenay formé à Toronto.

 

Double emploi

Interprète étoile depuis 2004 du Ballet national du Canada, Guillaume Côté, mi-trentenaire, n’a pas arrêté de danser. Le double emploi de gestionnaire et d’artiste, le père de famille s’y conforme bien.

Au 25e FASS, il sera sur scène en duo (avec Heather Ogden, sa compagne et autre danseuse du Ballet national) et en solo. Il interprétera notamment un extrait de La belle au bois dormant, le ballet de Tchaïkovski chorégraphié par Marius Petipa et revisité par le grand Rudolf Noureev.

« C’est un solo très difficile, jamais présenté hors contexte. C’est un peu fou comme idée, mais je l’essaie, dit celui qui qualifie la chorégraphie de Noureev de sublime. J’adore la danse classique sans décor, sans les milliers de dollars en scénographie. Tu vois la danse pour ce qu’elle est, les lignes, la musicalité… C’est tellement beau. »

 

Le goût du risque

Guillaume Côté n’est pas arrivé au FASS pour tout bousculer. Du moins, pas tout de suite. Il rêve néanmoins d’un « Saint-Sauveur Danse », soit un festival moins éclaté, plus près de l’esprit de Lou Gordon.

Ce qu’il assume pour l’édition 2016, c’est la prise de risques. Son Tchaïkovski en est un.

« Ce que je voulais apporter, c’est le risque. C’est facile d’amener des compagnies établies, que tout le monde connaît, mais je veux garder des liens avec la création. »

La première fin de semaine, le programmateur présente une troupe israélienne, L-E-V Company, un choix audacieux de son propre avis. « [Son spectacle] est dark, dans l’androgynie, plus approprié pour le centre-ville de Montréal que pour un chapiteau relax », dit-il.

La venue au Québec de l’Arias Company figure comme un de ses meilleurs coups. Certes, la réputation de cette compagnie née en 2013 repose sur celle de son fondateur, Bryan Arias, un chorégraphe et interprète déjà apprécié. Côté l’avait intégré en 2015 à la Soirée des étoiles, une sorte de spectacle-collage réunissant les vedettes montantes de la danse.

C’est à la version 2016 de cette soirée de clôture que participeront Misty Copeland et d’autres jeunes louves, comme Anne Plamondon, la future Louise Lecavalier, selon Guillaume Côté.

 

Plutôt charmant

« On prend des risques énormes. À Montréal, Bryan Arias n’est pas connu. Je fais beaucoup de lobbying pour lui », dit Guillaume Côté, qui présente cette fois un spectacle entier du Portoricain, créé il y a une semaine au Jacob’s Pillow, dans le Massachusetts.

Son flair était bon : A Rather Lovely Thing, coproduitpar le FASS et le Pillow, serait une affaire en effet plutôt charmante, selon la critique du Boston Globe.

Pour atténuer le risque, Guillaume Côté se fie aux vedettes. Nézet-Séguin revient une deuxième édition de suite, avec un concert tout tchèque (Dvorák, Smetana). Martha Wainwright, elle, suit d’un an son frère Rufus. Son spectacle, unique à Saint-Sauveur, sera imprégné de la mixité chère au FASS, avec la participation de quatre jeunes chorégraphes montréalais.

Festival des arts de Saint-Sauveur

du 3 au 13 août.

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 3 août 2016 21 h 20

    Quelle photo !!!

    Merci+++