Sur la route de l’esclavage

Rhodnie Désir en répétition à Rio
Photo: Juan Carlos Rhodnie Désir en répétition à Rio

Manu Dibango, le Grand Témoin de la Francophonie aux Jeux olympiques de 2016, a retenu BOW’T TRAIL, le projet de Rhodnie Désir, pour la programmation culturelle francophone à Rio. La création de la chorégraphe montréalaise vise à valoriser l’apport des peuples africains et de leurs descendants à la diversité culturelle du monde en alliant danse, rythmique, recherche, création, histoire et webdocumentaire. Dans l’oeuvre, la conceptrice aborde le propos de la migration volontaire et involontaire en traçant un pont entre l’actualité et le lourd passé lié à l’esclavage.

Dans chacun des 40 pays qu’elle se propose de visiter dans les prochaines années, elle veut recréer BOW’T et l’adapter aux rythmes locaux et régionaux. À chaque endroit, le nom du projet changera. Ainsi, après avoir réalisé BOW’T-Martinique, inspiré par le genre bèlè l’hiver dernier, BOW’T-Brasil sera présenté cet été au Centre culturel José Bonifácio, puis le 26 août dans le cadre du festival international Dança em Trânsito au Cais do Valongo à Rio.

Porte d’entrée

« Le Cais do Valongofut le plus grand quai d’entrée des esclaves dans toutes les Amériques, affirme Rhodnie Désir depuis Rio. T’arrives là, c’est pas beau, c’est du béton, c’est des briques, mais connaître l’histoire de l’endroit fait monter l’émotion. C’est dans la Petite Afrique,qui comprend différents lieux. Une fois arrivés au Cais do Valongo, les Africains allaient aux jardins suspendus, un espace assez atroce où on les gavait littéralement comme des poulets, parce qu’ils arrivaient maigrichons. On les entassait, on leur donnait de l’eau et de la farine pour qu’ils grossissent et on mettait du beurre sur eux pour qu’ils soient luisants et prêts à être vendus. C’est assez troublant. »

Comment l’esclavage a-t-il engendré la création artistique dans des formes plus contemporaines ? Quels sont les héritages partagés de l’Afrique et de ses diasporas ? Dans BOW’T-Brasil, la Montréalaise suit les pistes de la capoeira, du maracatu, de la samba et du jongo, mais sans idées préconçues et en se laissant guider par les deux percussionnistes brésiliens avec lesquels elle s’est associée : Carlos Negreiros et Jovi Joviniano.

Rhodnie les présente : « Carlos est un ancien, un grand musicien, extrêmement respecté dans le propos de l’ancestralité et du candomblé [la religion afro-brésilienne]. C’est par ces portes d’entrée que je vais pouvoir rencontrer la mémoire. Quant à Jovi, qui a joué avec Gilberto Gil, il est également compositeur et chef d’orchestre. Carlos est comme son grand frère. » Et comment la chorégraphe va-t-elle travailler avec eux ? « Il y a tellement de rythmes ici. Je leur ai proposé de les jouer sans les identifier et, à partir de ces sonorités, je vais voir comment ça résonne sur mon corps. On va échanger. Le premier soir de notre rencontre, on chantait et on créait des rythmiques ensemble. »

Proximité

Au Cais do Valongo, BOW’T-Brasil sera présenté dans un genre de dôme, affirme Rhodie. « C’est un héritage de la culture ancestrale qui est de ne pas avoir de scène linéaire, mais un espace circulaire d’échange avec les jeunes et les anciens, sans scission. On va rencontrer les gens des favelas et des quilombos. Dans l’histoire, les Africains mis en esclavage ont cherché à s’enfuir. Ce sont les Nègres marrons, ils ont créé les quilombos, des sociétés libres qui leur ressemblaient où ils ont recréé leur façon de penser. Cela a donné lieu à la naissance de la samba, du jongo et de plusieurs autres manifestations culturelles ». Tout cela servira d’inspiration.

BOW’T-Brasil à Rio de Janeiro

Les 18 et 19 août au Centre culturel José Bonifácio, le 26 août au festival international Dança em Trânsito