De Lully à Loukos

Au fil des cinq années de sa courte existence, le Festival Montréal en lumière a développé un volet arts de la scène qui a toujours réservé une place de choix aux spectacles de danse. Qu'on pense à la venue des Ballets de Monte Carlo ou à La La La Human Steps, le FML allie la qualité et le grand déploiement d'oeuvres et de compagnies de renom, qu'on peut sans doute classer comme des valeurs sûres. Loin de faire exception, le Ballet de l'Opéra de Lyon, qui ouvre cette semaine la cinquième édition du festival, confirme la règle, voire la couronne bellement.

En effet, la compagnie française de 31 danseurs a non seulement une tradition plusieurs fois centenaire derrière elle, elle s'est aussi attiré les fleurs de la scène internationale depuis 1985, alors que la directrice Françoise Ardet se tournait vers des chorégraphes contemporains français pour recréer des oeuvres du répertoire classique.

Celui qui lui a succédé en 1991, Yorgos Loukos, a accentué le tournant audacieux et continue aujourd'hui de faire rayonner le ballet lyonnais partout dans le monde, tant avec les oeuvres majeures de grands chorégraphes (Trisha Brown, William Forsythe, Nacho Duato, Mats Ek) qu'avec des créations originales (Lucinda Childs, Karole Armitage, Stephen Petronio). Si les chorégraphes français sont largement représentés au répertoire de la troupe, celui-ci compte plus d'oeuvres de créateurs américains que toute autre compagnie européenne.

«La danse nous force à avoir un regard neuf parce que c'est l'art de la scène qui s'est le plus renouvelé, qui a été le plus inventif et novateur au cours des 30 dernières années, explique le directeur à propos de la vitalité de sa compagnie. À l'opéra, les oeuvres demeurent les mêmes, bien que les mises en scène sont différentes. Dans la danse contemporaine, il y a une créativité permanente, alors on est forcé d'avoir un regard neuf.»

Un destin lié à la danse

C'est suivant les lignes directrices du maître danseur et violoniste de la cour du roi Louis XIV, Jean-Baptiste Lully, qu'est fondée la première académie de musique française à Lyon, en 1687, qui deviendra plus tard l'Opéra de Lyon. Même si seuls deux danseurs y résident au départ, le destin de Lyon semble déjà lié à celui de la danse. La ville finit de gagner ses lettres de noblesse en 1759, alors que Jean-Georges Noverre, enfanteur du ballet en France, y publie ses fameuses Lettres sur la danse.

Aujourd'hui, avec sa Biennale de la danse et sa Maison de la danse, Lyon poursuit sa vocation de capitale française de l'art chorégraphique, aidée en cela par le poids de la tradition. «C'est une des villes d'Europe qui donnent le plus d'argent à la culture et qui a beaucoup contribué à ce que le public nous suive», fait remarquer avec justesse M. Loukos.

Il y a près de vingt ans que le Ballet de l'Opéra de Lyon n'était pas venu à Montréal. En 1999, le Festival international de nouvelle danse avait dû annuler le spectacle que la compagnie devait y livrer à cause de la grève des techniciens de la Place des Arts. Le FML, en collaboration avec les Grands Ballets canadiens de Montréal, offre donc l'occasion de belles retrouvailles avec cette troupe émérite, d'autant plus que le programme est entièrement construit autour de la musique grandiose et maintes fois acclamée de Maurice Ravel.

«Il s'agit de trois pièces avec des chorégraphes complètement différents, et le dénominateur commun, c'est Ravel», résume Yorgos Loukos. La soirée s'ouvre avec Un ballo du réputé chorégraphe néoclassique Jiri Kylian, du Nederlands Dans Theater. Comme son titre l'indique, la pièce s'inspire du bal, offrant une série de pas de deux empreinte du lyrisme propre à Kylian. «C'est simplement une danse faite pour la musique, à prendre comme l'exercice de la musicalité et de la réactivité sensible entre un partenaire masculin et un partenaire féminin», indique éloquemment le programme.

Les deux autres chorégraphies sont signées par de jeunes chorégraphes contemporains. Le Finlandais Tero Saarinen propose Gaspard sur la musique de Gaspard de la nuit. «Il a un style bien à lui, mystérieux et onirique, qui, sans être vraiment narratif dans le sens strict du terme, impose une ambiance un peu théâtrale», décrit le directeur. Enfin, l'Australienne Meryl Tankard, qui a passé dix ans au Pina Bausch Tanztheater en Allemagne, clôt le programme avec Bolero. «Elle a eu l'idée formidable d'intégrer des projections des différents monuments de la ville de Lyon, retravaillés sur vidéo, commente M. Loukos. Les danseurs passent derrière l'écran qui les sépare du public, un peu comme des poupées ou des ombres chinoises.»

Avec cet amalgame d'oeuvre néoclassique et de créations contemporaines inspirées par la musique de Ravel, les quelque vingt-cinq danseurs du Ballet de l'Opéra de Lyon qui seront à Montréal risquent bien de rallier tous les publics, comme ils ont l'habitude de le faire depuis si longtemps...

BOLERO ET AUTRES LUMIÈRES SUR RAVEL

Une production du Ballet de l'Opéra de Lyon

Présentée à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, du 19 au 21 février.