Danse - Voyage initiatique

The Life of Mandala de la compagnie de danse taïwanaise Tai-gu Tales, présenté par Danse Danse, convie le public à un véritable périple mystique, à mi-chemin entre la danse et le théâtre acrobatique et méditatif de l'opéra chinois. L'exotisme séduit, mais encore faut-il être sensible à cet étrange cérémonial au charme un peu suranné, qui semble appeler la vie par-delà la mort.

Douze danseurs en quête de sens et de vérité semblent séjourner dans des limbes qui évoquent les plus délirantes épopées d'Ulysse dans son odyssée. On assiste à un collage de tableaux de chant et de danse extatiques, entrecoupés de noirs, qui abolissent le temps.

Ici, un cérémonial funèbre se met en branle, puis un rituel d'accouplement - toutefois dénué de toute charge sensuelle ou émotive - s'ensuit. Là, une scène de combat explose dans laquelle les danseurs, tantôt plongés dans une profonde méditation, se métamorphosent maintenant en gymnastes aguerris. La pièce évoque clairement la dualité qui couve dans toute forme de vie.

Si l'on s'absorbe volontiers dans la première partie du spectacle, la seconde partie, un peu longue, réveille toutefois des vieux réflexes tout occidentaux: l'impatiente et l'incrédulité. La gestuelle qui tantôt évoquait de puissants archétypes semblent maintenant emphatique. Aussi, la musique aux sonorités de clavier et de flûte bon marché, et mal enregistrée de surcroît, finit de nous tirer d'une contemplation béate.

Certes, la beauté des tableaux subjugue. Les corps sont nimbés de la douce lueur des chandelles que portent les danseurs et qui, lorsqu'elles s'éteignent, retirent aux êtres tout ce qui leur reste de souffle. Les éclairages de scène, qui émanent de très haut, accentuent la fragilité et la soumission des danseurs, trop humains.

Les gestes se déploient avec une lenteur hypnotique et cèdent soudainement à l'impulsion de l'éclat, puisant alors dans les sources animales et organiques du mouvement. Les scènes les plus poignantes sont celles, chaotiques, où bras et jambes émergent d'un amas de corps informe, surtout quand elles succèdent à de parfaits alignements de danseurs, tel l'anarchie qui balaie l'ordre.

Mais malheureusement, le folklore guette et le pittoresque s'essouffle dans The Life of Mandala, dont la création remonte à 1988. On aurait peut-être gagné à voir une oeuvre plus récente de cette compagnie qui n'avait encore jamais foulé le sol canadien.