La force de l’âge

La 2e Porte à Gauche récidive et «Pluton — Acte 2», associant avec génie de jeunes chorégraphes établis avec des interprètes chevronnés.
Photo: Julie Artacho La 2e Porte à Gauche récidive et «Pluton — Acte 2», associant avec génie de jeunes chorégraphes établis avec des interprètes chevronnés.

Après Pluton, créé en 2015, La 2e Porte à Gauche récidive avec Pluton — Acte 2, associant avec génie de jeunes chorégraphes établis et des interprètes chevronnés qui ont marqué le patrimoine chorégraphique québécois. Une oeuvre salutaire, émouvante et très réussie, qui bouscule joyeusement les stéréotypes liés à l’âge et brise le 4e mur.

Des espadrilles rouges tapageuses au pied, Paul-André Fortier traverse la scène nue de l’Agora. Au son d’un morceau d’électro-folk (Tomas Furey), il se déhanche et tourne sur lui-même. Ses bras se suspendent en l’air, en points-virgules ponctuant son parcours, quelque peu karatéka.

Il est merveilleux de voir Fortier s’approprier la signature de Frédérick Gravel : la gestuelle aguicheuse et frénétique de celui-ci s’enrobe de velours.

Quasi septuagénaire et sexy, Paul-André Fortier prend des poses au sol, de profil. Un demi-sourire espiègle aux lèvres, il regardera longtemps les spectateurs. Puis il repartira de plus belle dans un pas allègre, les bras ouverts comme une offrande, enrobés de lumière dans la semi-pénombre.

« Bonsoir, je m’appelle Louise Bédard »

Un corps de femme de dos. Un râle inquiétant, des points qui se serrent convulsivement. Louise Bédard se retourne. Hiératique, elle en impose. Progressivement, son visage se déforme, égrenant tout un spectre d’expressions. Les transformations de son visage semblent jaillir de l’intérieur.

Bédard s’adresse au public : « Bonsoir, je m’appelle Louise Bédard ». Peu à peu, les mots peinent à sortir. Elle lutte avec son corps. Fabuleux et poignant fruit de cette complicité avec Catherine Gaudet, nous faisant éprouver dans nos chairs ces batailles qui sont le lot de tous et mettant en scène nos sociétés obsédées par les apparences, la jeunesse et la performance.

La création de Mélanie Demers se penche aussi sur les tabous liés à l’âge. Marc Boivin, le benjamin de la bande, et Linda Rabin y jouent le jeu de la société du spectacle, y chantant « Let me entertain you ». Poses sulfureuses, fantastique déambulation perchée sur talons aiguilles de Boivin.

Régulièrement, les masques tombent, les interprètes abandonnent le spectacle et enlèvent chaussures et boucles d’oreilles. Cette alternance du spectacle et de l’effritement aurait pu être lassante s’il n’y avait le contrepoint de la présence de Tomas Furey (très juste), planté devant un micro, attendant peut-être son tour.

Le loup dans la bergerie

La dernière création de la soirée est signée par Katie Ward. Sur scène, des chaises et des tabourets. Des adolescentes y prennent place. Apparaît Peter James, ce performeur « d’une inquiétante étrangeté ». Il secoue la rampe des gradins, mesure le plateau avec ses bras, touche le crâne d’un spectateur, va changer les éclairages. Il désigne un endroit au sol : « Ça, c’est le Bangladesh. » On se contorsionne pour le suivre des yeux.

Drôle de création, injectant de l’absurde dans l’espace et le temps. La fébrilité de James est contagieuse. James chuchote quelque chose à plusieurs adolescentes et se dirige vers la sortie de secours. Alors s’anime un tableau désopilant. Une jeune fille se met debout sur sa chaise et hurle en boucle « Va-t’en pas ! » une autre a le fou rire, lui n’en finit plus de faire claquer la porte.

Renseignements pris, les jeunes interprètes font le parcours étudiant du FTA et se trouvaient là par hasard. Qui sait, demain, cela sera peut-être vous.
 

Pluton — Acte 2

Direction artistique : Katya Montaignac, de La 2e Porte à Gauche À l’Agora de la Danse jusqu’au 30 mai

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