Nocturne pour oeuvre libre

Dans ce dialogue danse-orgue, la chorégraphe Danièle Desnoyers n’y va pas de main morte sur les effets de distorsion.
Photo: Luc Sénécal Dans ce dialogue danse-orgue, la chorégraphe Danièle Desnoyers n’y va pas de main morte sur les effets de distorsion.

La nuit, ce laps de temps qui passe en un clin d’oeil, terrain de jeu où se déchargent les pulsions. Les sonorités pesantes de l’orgue portent d’emblée le ton nocturne d’Anatomie d’un souffle dans ces onze tableaux proposés par l’OSM et le Carré des Lombes.

La chorégraphie se décline sur des sonorités allant du baroque au contemporain, où s’illustre une pluralité de dynamique de mouvements. Portés par une gestuelle ondulatoire, les corps jouent avec les vibrations des puissantes notes pleines de tension.

Perché au-dessus de la scène dans sa lucarne de lumière, l’organiste Jean-Willy Kunz joue les premières notes solennelles du Banquet céleste d’Olivier Messiaen. Quelques mètres sous les tubes étincelants de l’orgue, les interprètes en costume noir et chair entrent en scène. Comme des notes sur les portées d’une partition, ils glissent lentement sur les lignes horizontales des parois en bois du mur.

Point d’orgue névralgique

L’ensemble musical et chorégraphique est nerveux, parfois volontairement dissonant. Entre élasticité et déséquilibre, les sept noctambules quadrillent le parquet de la scène. Dans un espace inhabituel pour la danse, un Choeur de jeunes danseurs vient se greffer aux interprètes du Carré des Lombes, apportant volume et faisant parcourir le regard vers les hauteurs de la Maison symphonique. Sur les balcons et galeries, ils partent dans des courses labyrinthiques, effectuant des va-et-vient à travers les portes de sortie de secours, d’où ressortent les sigles rouges.

De façon cinématographique, le trio féminin Anne Thériault, Clémentine Schindler, Laurence Dufour, vêtues de longues robes noires, entrent dans des joutes de mouvement avec le trio masculin Nicolas Patry, Pierre-Marc Ouellette, Jean-Benoît Labrecque-Gilbert.

Ce sont les trois mouvements composés par John Rea, où les onomatopées et les pas percutants des danseurs communiquent avec les lignes polyphoniques de l’orgue, qui offriront les plus fortes images et les mélodies les plus déstabilisantes. Dans un autre tableau marquant, traversant l’espace en piétinant et battant des bras, on assiste à un solo féminin évoquant l’illumination religieuse approchant la parodie.

Le fil qui tisse les tableaux ensemble est complexe à saisir bien qu’on puisse déceler des correspondances évidentes. Dans ce dialogue danse-orgue, la chorégraphe Danièle Desnoyers n’y va pas de main morte sur les effets de distorsion. Il y a quelque chose de provocateur dans Anatomie d’un souffle qui fait éclater les attentes de deux publics : celui de l’Orchestre symphonique et celui de la danse contemporaine. Ici, la lisibilité et la progression des images éclatent.

Anatomie d’un souffle

Chorégraphie de Danièle Desnoyers, interprété par le Carré des Lombes, avec Jean-Willy Kunz, organiste en résidence de l’OSM. Les 6 et 7 mai à la Maison symphonique de Montréal.

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