Un triptyque à la sensualité poreuse et paradoxale

Les variations rythmiques de pirouettes, arabesques et entrechats d’une technicité parfaite sont circonscrites par des projecteurs parfois fuyants.
Photo: Arthur Wolkovier Les variations rythmiques de pirouettes, arabesques et entrechats d’une technicité parfaite sont circonscrites par des projecteurs parfois fuyants.

Pour sa grande première à Montréal, la compagnie brésilienne dévoile son excellente virtuosité à travers trois pièces dirigées par une triade de chorégraphes de renom. Une soirée qui s’ouvre sur une oeuvre signée Édouard Lock revisitant le thème musical des Quatre saisons de Vivaldi.

Dans des halos de lumière, les mouvements balletiques verticaux et tourbillonnants de The Seasons sont fugaces. Douze interprètes, oiseaux nocturnes aux silhouettes noires, surgissent de l’ombre à la lumière avec une élégance et une énergie remarquables.

Les lumières dansent littéralement sur les jambes et les bras des interprètes aux visages imperceptibles, produisant une impression d’inquiétante étrangeté, maintenue tout au long de la pièce. Les changements de direction des faisceaux lumineux montrent l’individu sous une multiplicité de profils, si bien que, de manière hallucinatoire, on croirait voir l’interprète changer d’apparence sous nos yeux.

Les variations rythmiques de pirouettes, arabesques et entrechats d’une technicité parfaite sont circonscrites par des projecteurs parfois fuyants, que le danseur tente d’attraper au pas de course. Les passages au sol des rôles masculins dans des mouvements de groupe donnent un caractère désinvolte qu’on rêverait de voir prendre plus de place dans cette chorégraphie. De l’ensemble se détache un noyau de trois danseurs : deux hommes en costume d’affaires noirs et une femme au justaucorps en velours qui oscilleront entre des dynamiques de confrontations et de pacifications.

Mais ces zones d’ombre dessinées sur les corps par les faisceaux lumineux, bien qu’ayant pour effet d’allonger bras et jambes dans des mouvements voguant, avalent le corps du danseur et ont pour contre-effet de lui voler la vedette.

Le jeu avec ces interstices entre ombre et lumière trouve surtout sa pertinence dans les mouvements de groupe qui apportent puissance à la pièce. Si le concept de Lock est intéressant, il laisse cependant ambivalent et perplexe. À la longue, ce choix d’éclairage est exigeant pour l’oeil de son public et cette lumière n’est malheureusement pas assez généreuse pour l’excellente physicalité des danseurs de la SPCD.

La froide sensualité se dégageant de The Seasons n’échappe donc pas à son paradoxe et, à force de répétitions, l’oeuvre formaliste peine à entrer en correspondance avec les montées dramatiques et poignantes des différents mouvements des cordes génialement déconstruites par Gavin Bryars.

Rouge Brésil

La surprise vient plutôt là où on ne l’attendait pas. Coeur battant du triptyque recevant de vives acclamations du public, la pièce Mamihlapinatapai du Brésilien Jomar Mesquita, avec ses portées dynamiques et vertigineuses, se démarque par sa chaleur et sa simplicité audacieuse. Revêtant des costumes à prédominance rouge et noir, trois couples d’interprètes se trouvent magnifiés dans une scénographie aux tonalités ibériques et latines certes prévisibles, mais qui leur siéent en tout point. Ils évoluent avec une fluidité impeccable dans cette originale déconstruction de mouvements de danse sociale acrobatique aux rythmes pulsatiles.

Un triptyque qui se clôt sur l’orientalisme de Gnawa de l’Espagnol Nacho Duato pour un ensemble qui captive par son agilité d’exécution évoquant les images d’un Orient ancestral peuplé de djinns, mais qui ne décolle pas de la fantaisie et du fantasme du rituel.

En définitive, les pièces de la triade portées par les danseurs virtuoses restent surprenantes, même si dans l’ensemble assez disciplinées, alors qu’on attendait de la pièce de Lock un peu plus de fougue, de désinvolture et des rôles féminins moins convenus dans cette déconstruction contemporaine du ballet.

São Paulo Companhia de Dança

The Seasons d’Édouard Lock; Mamihlapinatapai de Jomar Mesquita; Gnawa de Nacho Duato. Du 28 au 30 avril au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

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