Ensemble, envers et contre tous

Les danseurs de Company 605 parviennent à maintenir une symbiose électrisante tout au long de leur performance.
Photo: Rita Taylor Les danseurs de Company 605 parviennent à maintenir une symbiose électrisante tout au long de leur performance.

Dans Vital Few, le collectif l’emporte sur l’individualité, faisant la force d’une écriture chorégraphique à plusieurs mains. Même si elles essaient à diverses reprises de s’écarter du groupe dans le but de s’attirer les projecteurs, l’esprit de cohésion des six personnalités cohabitant sur la même scène finit toujours par rattraper l’individu.

Selon un principe de vases communicants, les danseurs de la compagnie vancouvéroise parviennent à maintenir une symbiose électrisante tout au long de leur performance. Une pièce savamment orchestrée, où on peut cerner une tension entre le souci de se démarquer et la volonté de faire partie du groupe sans lequel on ne peut que restreindre son champ de vision et son évolution.

Au début, la rencontre de deux bons amis : Laura Avery et Hayden Fong. Avec douceur, ils s’enlacent. À cette tendre affinité viendront se greffer un à un les quatre autres interprètes de Company 605. Comblant les espaces négatifs laissés par ceux qui les précèdent, il trouve place au sein de la mêlée, quitte à détruire les formes construites par les autres. De manière savoureusement grotesque, ces accolades nouées prennent l’aspect d’un monstre aux membres multiples d’où se détachent maladroitement et aléatoirement un pied, des mains, une tête… des membres désarticulés.

Dès qu’un des danseurs se propulse hors de la mêlée, les autres lui emboîtent vite le pas. Une phrase se compose de manière relayée. S’observant mutuellement et continuellement à l’écoute les uns des autres, les mouvements des interprètes se font écho de corps en corps.

Glitch sur volume brillant et monochrome

Le sol est quadrillé d’un adhésif miroitant qui a pour effet de prolonger les mouvements des interprètes, une surface d’ombres et de reflets dansants. Une toile blanche tapisse le fond de la scène, où sera projeté le mouvement des ombres sur la surface miroitante dans une succession de tableaux monochromes. Les variations musicales — de l’électro progressive aux basses et aux cordes amplifiées à la cacophonie du free jazz — participent à la montée en tension et au changement soudain des rythmes portés par les corps des danseurs. Le son semble être calibré à leur gestuelle, en communion, dans des séquences aquatiques, rougeoyantes et burlesques.

Plus on avance de tableau en tableau, plus le phrasé chorégraphique fige dans des séquences répétitives, donnant une impression de glitch (défaillance électronique). Les formes oscillent entre circularité et angularité. Dans des rotations rapides, on distingue des mouvements de breakdance ralentis ou même avortés.

Dans des portés, le soutien du collectif, alors jusque-là exemplaire, devient parfois pesant et envahissant, comme lorsque Sophia Wolfe, l’apprentie de la troupe, hissée par le groupe voit ses mouvements circonscrits par les autres.

Vital Few, tout en légèreté et sans trame narrative, aborde les difficultés de correspondre aux attentes des autres au sein d’une communauté donnée où on veut prendre sa place. Au bord de la chute, la solidarité par le soutien inconditionnel du groupe se voit triomphante. Une pièce optimiste où, dans cet espace-temps, les six caractères font corps dans une synchronisation et une physicalité hors pair, avant de se décoller de manière subtile et brillante.

Vital Few

De Company 605 (Vancouver). Chorégraphie : Lisa Gelley, Josh Martin en collaboration avec les interprètes. Interprétation : Laura Avery, Hayden Fong, Josh Martin, Renee Sigouin, Jessica Wilkie, Sophia Wolfe. Musique : extraits de Bizet/Caruso, Huerco S., Coin Gutter, Giuseppe Ielasi, Ioscil, Art Blakey, Miles, James Holden, Tomasz Bednarczyk, Jonny Greenwood, Donizetti/Caruzzo. Éclairages : Robert Sondergaard. Scénographie : Jesse Garlick. Du 20 au 22 avril à l’Agora de la danse.

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