Danse - Un périple spirituel et esthétique

Art et science. L'Occident s'est évertué à les séparer, l'Orient a toujours pris soin de les réunir. Pour sa première venue au Canada, la Taïwanaise Hsiu-Wei Lin a choisi de semer la graine de cette culture holistique qui joint les extrêmes en présentant The Life of Mandala, une chorégraphie pour douze danseurs portée par la philosophie bouddhiste.

Il y a quinze ans, alors qu'elle vivait le deuil difficile d'un collègue et ami, la chorégraphe n'a pu trouver meilleur remède que d'animer les corps d'une sagesse puisée dans la philosophie indienne, l'un des terreaux de sa propre culture. «La vie passe si soudainement de la lumière à l'obscurité», constate Mme Lin dans un anglais maladroit mais délicieusement imagé. «Quand mon ami est mort, j'ai eu besoin de trouver des réponses: d'où venons-nous, où s'en va-t-on quand on meurt? Alors j'ai lu des ouvrages de philosophie bouddhiste qui m'ont apporté beaucoup de réconfort et que j'ai digérés en créant The Life of Mandala.»

Les mandalas sont ces petites images symboliques et géométriques qui, dans le bouddhisme, représentent l'univers. «Quand les gens regardent ces superbes images, leur esprit se purifie et s'élève, explique la chorégraphe. J'utilise les corps des danseurs pour recréer ces différentes images derrière lesquelles le public peut lire des messages que véhiculent la culture et la philosophie asiatiques sur la naissance et la mort, l'amour et la haine, de paix et de violence sur le contact avec la nature et l'âme humaine.»

Comme un cercle

La pièce nous entraîne dans le voyage d'un homme à travers le temps, la mémoire et la nature afin d'y trouver sa place en quelque sorte. L'odyssée est divisée en quatre volets, la sublimation, le monde des désirs, l'éveil et les chants bouddhiques. La danse moderne se mêle aux influences de l'opéra chinois, tradition millénaire de cette culture de l'Orient qui allie chant, musique et acrobaties.

«L'opéra chinois a des rythmes très particuliers, parfois rapides, parfois lents, toujours hypercontrastés, qui exigent un entraînement extrêmement exigeant, proche de celui du cirque, pendant dix ans, explique la chorégraphe. C'est un art empreint de philosophie chinoise [du yin et du yang]. Les interprètes puisent aussi dans les forces animales, sautent comme le tigre ou le singe, volent comme l'oiseau.»

L'éclairage aux chandelles qui domine dans cette pièce plonge la scène dans une humeur toute méditative. Pour la chorégraphe, la lumière de scène représente davantage le divin tandis que les chandelles illustrent plutôt la vie humaine, faible et vacillante. «J'aime mettre ainsi en lumière les différentes parties du corps: les yeux, les oreilles, la poitrine, le ventre, qui ont chacun leur propre sens», souligne-t-elle.

Présentée en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis, The Life of Mandala a vu le jour l'année de la fondation de la compagnie Tai-gu Tales, en 1988, et a donc insufflé à la jeune institution les mêmes principes qui guident l'oeuvre phare de son répertoire. Ainsi, les douze danseurs de la troupe doivent suivre une formation spécialement conçue par la chorégraphe, qui va de l'exploration méditative et organique du mouvement à son déploiement explosif en passant par la quête de soi contemplative.

Avec cette pièce issue de la première manière de Hsiu-Wei Lin (elle tient à le souligner), la chorégraphe entend livrer un message d'espoir, puisque son propre cycle de création artistique, bien qu'amorcé dans le deuil, s'est révélé faire corps avec la vie même. «Quand j'ai terminé la création de cette pièce, je suis tombée enceinte et j'ai eu une fille qui danse maintenant avec moi dans cette pièce, raconte-t-elle avec émotion. Elle a 15 ans. Pour nous, cette pièce a une signification incroyable, c'est comme un cercle.»