Ode à l’amour, à fleur de peau et sans tabous

«Avec pas d'cœur», de Maïgween Desbois
Photo: Christel Bourque «Avec pas d'cœur», de Maïgween Desbois

« Oublie pas que j’ai un coeur, oublie pas que j’ai un corps », chante Maïgwenn Desbois, micro en main, d’une voix langoureuse. Un refrain interpellant qui colle comme un gant à sa dernière création chorégraphique, Avec pas d’coeur, événement artistique présenté à Tangente, à ne pas manquer pendant cette Semaine québécoise de la déficience intellectuelle. Aux allures de comédie musicale, mêlant gigue et danse contemporaine, ce spectacle porté par ses interprètes atypiques s’attaque avec succès au thème tabou de la sexualité chez les personnes vivant un handicap intellectuel.

Atypiques, mais après tout pas si différents de nous ! Maï(g)ween et les Orteils nous le prouve à travers cette pièce empreinte de légèreté et d’humour soutenue avec brio par Gabrielle Marion-Rivard, Roxanne Charest-Landry, Anthony Dolbec et Maïgwenn Desbois elle-même. C’est avec une énergie débordante et contagieuse que ceux-ci s’affirment, s’expriment et s’abandonnent à la danse.

« Est-ce que tu me trouves belle ? Je voudrais juste que tu me regardes, moi ! » Gabrielle Marion-Rivard, de son sourire indélébile, aborde ses spectateurs presque d’entrée de jeu. Traitant tout en légèreté, mais avec sérieux de la sexualité depuis les marges de la vie sentimentale, la gestuelle des interprètes intègre avec subtilité les références à leur exclusion, attraction et répulsion des jeux de l’amour et de la séduction. Un thème familier pour l’interprète atteinte du syndrome de Williams, héroïne du film internationalement primé Gabrielle, réalisé par Louise Archambault.

Par des soupirs d’abandon, les interprètes apportent rythme, couleur et musicalité à leurs pas de gigue. Entre douceur des gestes et trépignements traduisant colère et frustration, la chorégraphie prend vie au tempo du parcours semé d’embûches d’une sexualité réprimée et refoulée. Tantôt repoussés et bousculés, tantôt caressés avec tendresse, les interprètes portent dans leur corps cette dualité entre désir et répression qui les enchaîne malgré eux à une forme d’autocensure.

Depuis sa première représentation Quasispace en 2009, où elle formait un duo avec Anthony Dolbec — jeune artiste atteint du syndrome d’Asperger — puis avec Dans ta tête et Six pieds sur terre, Maïgwenn Desbois s’est distinguée par sa démarche inclusive en travaillant auprès d’étudiants présentant une déficience intellectuelle au centre d’arts de la scène Les Muses, une école qui forme ces interprètes professionnels et veille à leur intégration dans le paysage artistique québécois.

Avec pas d’coeur met sur le devant de la scène trois électrons libres, principaux concernés par le regard réprobateur que la société porte sur leur sexualité. Investis de leur vécu et dévoilant différents aspects de leur intimité, à travers le pouvoir de la danse, ses coeurs généreux parviennent à revendiquer de façon décomplexée, joviale et déchaînée le droit à l’amour et à son expression la plus naturelle et charnelle.

Avec pas d’coeur

De Maïgween Desbois. Avec Maïgwenn Desbois, Gabrielle Marion-Rivard, Roxanne Charest-Landry et Anthony Dolbec. Du 16 au 19 mars au Monument-National