Fermeture du FIND: O Vertigo renchérit

La chorégraphe d'O Vertigo s'inquiète du fait que la fermeture du Festival international de nouvelle danse (FIND) mette fin à une réciprocité essentielle à l'équilibre du milieu. Donnant suite à une lettre signée par de jeunes chorégraphes et publiée dans nos pages jeudi dernier, Ginette Laurin souligne que les grandes compagnies québécoises sont aussi durement affectées par la mort d'un événement qui permettait d'offrir une vitrine aux Européens en échange de leurs coproductions si généreuses.

«Les grandes compagnies sont aussi perdantes, parce que nos créations sont financées presque à 100 % par les Européens», explique la chorégraphe. «Et la seule façon de leur rendre un peu la monnaie, c'était de pouvoir présenter des artistes européens lors du FIND. On se demande comment la réciprocité va pouvoir se faire, et on a peur que les producteurs européens ne continuent pas de financer nos créations à cause de cela», s'inquiète la chorégraphe.

Pour souligner tout l'intérêt que les plus gros joueurs portent à la cause, Ginette Laurin tient à rappeler sa présence ainsi que celles de Marie Chouinard et d'Édouard Lock lors de la conférence de presse de fermeture du FIND en décembre dernier. De plus, la chorégraphe estime que la perte de la gare Dalhousie, lieu que sa compagnie et celle de Denis Marleau convoitaient pour installer leurs pénates, constitue un symptôme du même mal dont a été victime le FIND.

«Tout cela va ensemble, juge-t-elle. Je trouve inquiétante la façon dont le gouvernement gère la culture en alignant juste les colonnes de chiffres et qui prend ses décisions en fonction de la rentabilité.» Ginette Laurin considère donc la lettre qu'elle a signée avec Ubu il y a une quinzaine de jours comme un geste fait aussi au nom du festival. «On a essayé d'avoir une réponse qui englobe tout le monde culturel», insiste-t-elle.

O Vertigo est en quête d'un nouvel espace de création depuis 15 ans. Outre l'élaboration d'oeuvres chorégraphiques, la compagnie organise aussi, chaque été, un stage international qui ne peut avoir lieu dans ses locaux actuels, faute d'espace. Avec la tournée en France de Passare, pièce marquant les 20 ans de la troupe (qu'on pourra voir à Montréal en 2005), et la mise sur pied d'une nouvelle activité dès le printemps, impliquant notamment l'auteur Wajdi Mouawad, la compagnie a le vent dans les voiles, et pourtant...

«En principe, on est à la rue en juin, bien qu'on puisse sans doute renouveler le bail en attendant, indique la chorégraphe. Mais on ne peut plus et on ne veut plus rester ici. On a instauré quatre activités annuelles de laboratoires, avec une présentation publique à la fin. Et on ne peut pas faire ça ici: on est trop loin du centre et ce n'est pas assez grand.»

Après ces deux tristes annonces (sans compter le projet plus que vacillant de Maison de la danse), on est en droit de se demander où s'en va le gouvernement avec ses intentions de favoriser les artistes — du moins jusqu'à ce qu'il les précise. Chose certaine, sans lieu de création et sans vitrine (comme le festival) pour se faire valoir, les artistes de la danse ne commencent pas l'année du bon pied.