Dave St-Pierre, premier chorégraphe en résidence au Centre de création O Vertigo

Dave St-Pierre en 2014 au Musée des beaux-arts de Montréal, où il a été chorégraphe en résidence.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Dave St-Pierre en 2014 au Musée des beaux-arts de Montréal, où il a été chorégraphe en résidence.

Et voilà, le tournant est amorcé : la compagnie de danse O Vertigo entame concrètement sa métamorphose afin de devenir le Centre de création O Vertigo (CCOV). Dave St-Pierre, qu’on aime étiqueter comme agent provocateur de la danse, pourra poser ses valises pour trois ans à Montréal. Et composer, juste composer, concentré sur un seul projet, en devenant le premier chorégraphe en résidence au CCOV.

Pourquoi Dave St-Pierre ? Parce qu’il a déjà touché à la grande forme avec succès, avec Un peu de tendresse bordel de merde ! (2004), La pornographie des âmes (2006), et Foudres — qui, avec ses 29 danseurs, coûte si cher à déplacer que le Québec n’a pas encore vu cette pièce.

Et parce que le travail sur la grande forme sera la griffe du CCOV. D’abord pour répondre à un besoin criant : il est désormais à peu près impossible pour les chorégraphes de financer des créations comptant de nombreux danseurs, ou qui impliquent des scénographies ou des compositions musicales complexes. Ensuite, pour tresser un pont générationnel : la grande forme a été la marque d’O Vertigo et des créations de sa chorégraphe Ginette Laurin. Et elle espère que ce sera son legs, au moment où elle entame son lent départ de la compagnie qu’elle a fondée.

Situation difficile

 

« Comme premier résident du CCOV, on voulait un artiste accompli, qui a aussi un besoin flagrant de soutien financier et organisationnel », a expliqué Ginette Laurin, au nom du comité de sélection dont elle a fait partie. Rappelons qu’au début 2014, Dave St-Pierre avait relancé le débat sur les limites à la créativité et à la diffusion qu’impose le financement public de la danse, en scandant simplement « pas d’argent, pas de show ».

Il annonçait dans l’élan qu’il ne présenterait plus de spectacles là où on lui demandait des concessions financières intenables, et tant pis pour Montréal, sa ville, s’il était impossible pour lui d’y être payé décemment. « Si j’ai réussi par le passé à produire des spectacles avec autant de danseurs, avait-il expliqué ensuite aux médias, c’est beaucoup grâce à l’apport financier récurrent de producteurs européens fidèles, qui croyaient en moi et en mes oeuvres. Malheureusement, c’est de plus en plus difficile à ce niveau, la situation économique en Europe étant de plus en plus précaire. »

Pour Ginette Laurin, « c’est un grand artiste qui n’est peut-être pas soutenu financièrement à la hauteur de son talent ; il ne veut pas nécessairement avoir une grande compagnie et après maintes réflexions, le comité de sélection est allé vers lui simplement parce que malgré son retour au solo et aux petites formes, on a senti que sa démarche avec les grandes formes n’était pas terminée ».

Le CCOV offre au créateur un montant global, l’aide comptable pour le ventiler selon ses besoins — salaires, danseurs, techniques, technologies. Et du soutien chorégraphique, administratif, promotionnel. « Et ça va être bien d’avoir Dave à Montréal pendant deux ans, qu’il puisse vraiment vivre ici, poser ses valises et se concentrer sur un seul projet. »

 

Portraits de société


La résidence arrive alors que le chorégraphe réfléchissait à l’idée de se défaire de sa compagnie. « Je n’ai jamais voulu de compagnie, c’est par obligation, pour avoir accès aux subventions de tournées que je l’ai fondée et que je la garde, a-t-il confié au Devoir. C’est très lourd. Je vois ce que Daniel Léveillé fait [en soutenant aussi de jeunes créateurs par le biais de sa structure], ce que Ginette Laurin est en train de faire, je trouve ça cohérent, logique et visionnaire. Si ma compagnie pouvait servir de tremplin aux jeunes, ce serait super. »

L’artiste, qui entamera son occupation du studio à l’automne prochain, pense, peut-être, s’inspirer pour sa prochaine création de La divine comédie, de Dante Alighieri. « Ça me trotte dans la tête depuis au moins sept ans, et c’est clair que tu ne peux pas faire un solo avec ça… »

Et pourquoi est-ce important selon lui qu’un art puisse avoir la possibilité de se décliner sur de grands ensembles ? « Parce que c’est tout de suite un reflet de la société, analyse St-Pierre, que ça expose immédiatement la diversité, les différentes attitudes humaines. Un solo, un duo restent dans l’intime. 35 personnes sur une scène expriment 35 personnalités, 35 visions que tu essaies d’arrimer, ou qui te permettent d’utiliser le désaccord ».
 

Amuse-bouche

Le CCOV proposera aussi des activités pour le milieu de la danse et pour le grand public. Si cette programmation sera annoncée en septembre prochain, un amuse-bouche est proposé lors de la Nuit blanche de Montréal en lumières, samedi prochain. Corps commun sera l’occasion pour les danseurs d’O Vertigo de revivre l’histoire de la compagnie à travers leurs souvenirs corporels… et leurs « trous de mémoire de corps ».

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