Les danses urbaines ont pignon sur rue

La compagnie The Holy Body Tattoo et le groupe mythique Godspeed You ! Black Emperor livreront «Monumental» à Montréal et à Québec.
Photo: Chris Randle La compagnie The Holy Body Tattoo et le groupe mythique Godspeed You ! Black Emperor livreront «Monumental» à Montréal et à Québec.

La saison qui s’ouvre fait la part belle au mélange des genres. Fusionnant le vocabulaire contemporain avec le hip-hop ou le breakdance, certains chorégraphes d’ici et d’ailleurs se penchent sur l’unisson dans la diversité, alors que d’autres créateurs de danse partagent la scène avec des formations musicales.

Lien(s), la nouvelle création du chorégraphe Ismaël Mouaraki, prend place dans une buanderie. Dans cette métaphore de l’intimité exposée présentée par l’Agora de la danse, cinq personnages très différents font leur lessive ensemble. Le langage chorégraphique y combine les danses urbaines et le contemporain.

Le vivre-ensemble sera aussi au coeur de Vital Few de la Vancouvéroise Company 605 (à l’Agora de la Danse, au théâtre Hector-Charland et à la Rotonde). On nous promet une gestuelle véloce et acrobatique, imprégnée par la rencontre du hip-hop et de la danse contemporaine.

La danse prendra aussi le macadam au MAI, avec Creative Extremist des b-boys Jacob « Kujo » Lyons (en provenance de Los Angeles) et du Montréalais Gregory « Krypto » Selinger (vu entre autres au OFFTA en 2015 avec un monologue tout en finesse). Jacob « Kujo » Lyons interprétera ce solo créé par les deux acolytes et inspiré par une phrase de Martin Luther King.

Traçant les contours d’un portrait socioculturel de notre époque, ces danses hybrides sont le reflet du métissage à l’oeuvre dans les cultures contemporaines. « Ceci pourrait s’expliquer par la grande diversité chez les danseurs urbains, alors que le milieu québécois de la danse contemporaine est plutôt homogène », explique Helen Simard, doctorante en études et pratiques en arts à l’UQAM menant une recherche sur la construction identitaire chez les danseuses de breakdance.

Musiciens en scène

L’hiver verra aussi plusieurs collaborations en direct entre des compagnies de danse et des formations musicales. Très attendus, la compagnie de danse vancouvéroise The Holy Body Tattoo et le groupe mythique Godspeed You ! Black Emperor livreront Monumental à Montréal et à Québec. Pour cette recréation d’une pièce des chorégraphes Dana Gingras et Noam Gagnon en 2005, les 8 musiciens de GY ! BE interpréteront des morceaux créés spécifiquement pour Monumental et des extraits de leur dernier album.

L’Agora de la danse et Tangente ne sont pas en reste. L’oeuvre interactive Symphonie 5.1 d’Isabelle Van Grimde fait appel en direct aux musiciens Tim Brady et Thom Gossage, et le groupe d’electro-folk Dear Criminals investit leplateau, collaborant avec Frédéric Tavernini pour Things Are Leaving Quietly, in Silence.

Dans un autre registre musical, Le Carré des Lombes s’est allié au Grand Orgue Pierre-Béique de l’Orchestre symphonique de Montréal pour la création Anatomie d’un souffle chez Danse Danse. L’oeuvre de John Rea jouée sur scène par l’organiste Jean-Willy Kunz et, en particulier, un sextet du compositeur spécialement écrit pour l’occasion, a inspiré à Danièle Desnoyers une série de pièces chorégraphiques courtes qui s’inscriront dans la salle en bois de la Maison symphonique.

Quant à Marie Chouinard, elle s’est offert l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal et ses 70 musiciens pour la reprise de son Sacre du Printemps et de son Prélude à l’après-midi d’un faune, deux pièces importantes du répertoire québécois.

Temps forts

La saison hivernale s’ouvre sur d’autres confusions des genres, celle du ballet et des danses sud-africaines dans Swan Lake de Dada Masilo dont Le Devoir faisait état samedi dernier et celle du théâtre et de la danse contemporaine dans La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette de Catherine Gaudet et Jérémie Niel (Usine C). Chez Danse Danse, on pourra voir The Seasons d’Édouard Lock pour la São Paulo Companhia de Dança. Chez Tangente, on attend avec impatience Memory Palace de Dorian Nuskind-Oder, une performance sur une piste de danse à la Fonderie Darling, et Mobilier mental de Michel F Côté et Catherine Tardif. On est aussi intrigués par la création Avec pas d’coeur de Maïgwenn Desbois sur la sexualité chez les personnes handicapées avec l’actrice Gabrielle Marion-Rivard (Tangente), par La Démarquise de Louise Bédard qui traite de la vieillesse (L’Agora) et par Abécédaire du corps dansant d’Andrée Martin (L’Agora). Au théâtre La Chapelle, on suggère Cake d’Audrey Rochette, une chorégraphie pâtissière vue au Zone Homa.
 

Nanodanse et autres images

Présenté par le festival Temps d’images à l’Usine C, l’un des événements de l’hiver est le retour des Belges Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael avec Cold Blood (notre photo). Suite de leur acclamé Kiss & Cry, ce conte de poche montre un « nanomonde » de mains dansantes. Le reste de la programmation de Temps d’images pique la curiosité. Mentionnons notamment une fresque vidéo de Priscilla Guy et Catherine Lavoie-Marcus qui convoquent Marguerite Duras et Chantal Akerman, ainsi que le nouvel opus numérique de Hiroaki Umeda.