Danse - Au pays du cow-boy déchu

Étrange mirage que ce Show western de Catherine Tardif. De prime abord, bien peu de choses renvoient à la grande conquête de l'Ouest. Hormis la scène dénudée de l'Agora de la danse qui, avec les airs de musique folk en trame de fond, évoque les grands espaces à défricher, les drôles de cow-boys qu'on croise sont plus candides et méfiants que fiers et courageux.

Bienvenue dans l'univers du western passé au crible de l'imaginaire de Catherine Tardif! Celle-ci met sens dessus dessous le mythe du cow-boy, devenu plus frêle que son ombre. Encore faut-il connaître et aimer le genre pour apprécier la pièce à sa juste valeur.

La pièce est à mi-chemin entre danse et théâtre (quasi muet), composée de brefs sketchs sans lien logique ou narratif. Les interprètes incarnent des personnages fuyants, entre le banal, le pathétique et le comique. Ils ne dansent pas, ils essayent plutôt d'exister. Pour toute personne qui s'attend à voir danser dans le plus strict sens du terme, la pièce est certes rébarbative, confondante. Car le langage de Catherine Tardif est tout sauf conformiste.

Mais ces antihéros deviennent sympathiques. Plus le spectacle avance, plus ils prennent l'apparence de réels cow-boys (avec les franges et les bottes), tout en perdant paradoxalement leurs attributs d'aventuriers valeureux. Les interprètes, espèces de Don Quichotte du Far West, tâtonnent, craignent leur propre ombre plutôt que de la mettre en joue. Ils contournent la porte plantée au milieu de la scène au lieu de l'enfoncer, regardent voler les mouches plutôt que de cumuler les aventures.

Leur danse, un peu trash, n'a rien du port altier du cavalier, et suggère bien davantage la faiblesse physique du corps qui cède sous son propre poids, rompu par une bataille imaginaire avec lui-même. On dirait que les danseurs parlent en slang avec leur corps.

La chorégraphe évite habilement les clichés ou s'en permet juste assez. Ainsi, quand arrive le tableau où une femme retire son t-shirt pour illustrer le parfait cliché de la cow-girl, vêtue d'un soutien-gorge et d'un jean dont dépasse la crosse d'un fusil, on sourit. Les manteaux à franges, les bottes de cow-boy se font désirer et ne surgissent qu'à la toute fin. La finale est d'ailleurs digne de Lucky Luke et ne trompera personne.

L'ensemble est un peu décousu et va dans tous les sens — quoique l'errance soit le lot quotidien du cow-boy. Chose certaine, Catherine Tardif n'aurait pas réussi à extirper cette essence de cow-boy déchu sans la grande expérience des danseurs (Daniel Soulières, Luc Proulx, Marc Boivin, Sophie Corriveau et AnneBruce Falconer). La qualité de leur travail d'interprétation évite de faire basculer le risible dans le ridicule. La trame musicale de Michel F. Côté, truffée de musiques qui évoquent l'Amérique — du country au rock et au blues —, contribue aussi à l'âme de la chorégraphie.

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UN SHOW WESTERN

De Catherine Tardif, présenté par Danse-Cité à l'Agora de la danse, du 14 au 24 janvier.