Aimer, vieillir, mourir

Le festival Cinédanse s’est conclu hier à Québec en décernant le premier prix Lumière à la réalisatrice Marlene Millar et à la chorégraphe Sandy Silva. Déjà salué à Cinedans Amsterdam et à l’Utah Dance Film Festival, leur court-métrage Lay Me Low déploie une touchante danse chantée en forme de procession funèbre en pleine nature, transfigurant rituel et tradition.

Les lauréates bénéficieront d’une résidence de trois semaines d’une valeur de 20 000 $ pour créer un nouveau film d’art à Québec, grâce aux organismes Spira, La Bande Vidéo et La Rotonde, le centre chorégraphique contemporain de Québec. L’oeuvre sera présentée lors de la prochaine édition de Cinédanse en 2017.

Les films québécois dominaient la liste des 12 artistes en nomination, reflet de leur omniprésence dans les programmes mixtes de courts-métrages du festival. On a ainsi pu (re)voir certaines oeuvres très réussies comme Une courte histoire de la folie, d’Isabelle Hayeur (chorégraphies de Virginie Brunelle), et Glace, crevasse et dérive, de la chorégraphe du Bas-du-Fleuve Chantal Caron, bardé de prix depuis sa sortie l’an dernier. Le film met en scène la danse des embâcles du Saint-Laurent emportant des vestiges d’une humanité empreinte d’une beauté fragile devant la puissance de la nature qui lui survivra.

L’amour tout cru

Du côté des longs métrages, la maestria revient toutefois aux artistes étrangers comme Isabel Rocamora et Mor Shani/Paul Sixta, qui abordent les sujets omniprésents de cette édition : le vieillissement et l’amour. Love-ism, du chorégraphe Mor Shani et du cinéaste Paul Sixta, s’est notamment démarqué aux premiers jours du festival. Le film décline tous les visages de l’amour au quotidien, toujours avec la simplicité poignante des gestes universels, d’une désarmante authenticité. Des ateliers menés avec des non-danseurs locaux viennent ajouter une touche actualisée à chaque présentation dans une nouvelle ville.

Le cri défiant et joyeux d’une enfant se querellant avec son père lance le bal. Gros plans sur les grimaces échangées, les regards intenses et rieurs, câlins camouflés en duels. Infatigable corps à corps pour un amour inconditionnel. Viendront ensuite les figures du couple — hétéro et homo, jeune et vieillissant, heureux et souffrant —, de l’amitié, de la filiation fraternelle ou maternelle, avec les étreintes, les regards et les petites danses du quotidien qui leur sont propres. Tout se déroule sur fond blanc, lumière crue sur les peaux émaciées, sans fard ni mensonges. D’un hyperréalisme poignant.

Cinédanse se tenait en marge de l’exposition Corps rebelles du Musée de la civilisation pour sa seconde édition. Un programme touffu où le meilleur côtoie le médiocre, où le documentaire de base fraye avec les oeuvres de création. On en sort partagé : saisi de la nécessité de ce festival consacré à la danse en images, où les créateurs québécois tirent très bien leur épingle du jeu, mais un peu exaspéré par le manque de cohérence de la programmation, les animations longuettes et improvisées entre les projections, les fréquentes irrégularités techniques.

Frédérique Doyon était l’invitée du festival Cinédanse et du Musée de la civilisation.