Danse - Souvenirs andalous

Pour sa profondeur d'âme sans doute, son caractère foncièrement apatride et son rythme vital, le flamenco est un art que les Québécois se sont approprié. En témoignent les nombreuses productions dont regorge Montréal et les compagnies d'ici qui se consacrent à cet art depuis une dizaine d'années.

Le Ballet Flamenco Arte de España fait partie de ce paysage depuis 1990 et s'applique avec une belle maîtrise à transmettre l'art gitan et andalou, devenu aujourd'hui universel. En 1999, outre sa propre création Le Cri, la compagnie ouvrait le spectacle des Gipsy Kings et participait à la création de Carmen de l'Opéra de Montréal. Cette semaine marque le retour du spectacle présenté en mai 2002, Recuerdos flamencos, deux heures de danses, de chants et de rythmes où semblent se décliner toutes les formes du flamenco, des plus traditionnelles aux plus contemporaines.

«Recuerdos flamencos, ce sont des souvenirs des chorégraphes principaux de la compagnie, Laura Lynne McGee, Bobby Thompson, Danielle Plamondon et moi-même, explique Lina Moros, directrice artistique, chorégraphe et danseuse au sein de la compagnie. Nous sommes tous dans la quarantaine et nous nous demandons comment adapter notre façon de danser, quelle est notre place dans le milieu? C'est une réflexion sur la danse, mais aussi sur nos vies personnelles. Et on voit l'évolution du flamenco d'un style puriste à des choses plus représentatives de ce qui se fait aujourd'hui.» Dans cet esprit, la troupe a accueilli deux jeunes danseurs, Julie Fontaine et José-Luis Perez.

Recuerdos flamencos nous convie d'abord à un cercle intime, qui pourrait bien être une ruelle ou une arrière-cour andalouses. En demi-cercle, neuf danseurs(ses), chanteurs et musiciens se relaient dans un tableau où chacun fait sa petite démonstration. Plus la soirée avance, plus l'audace s'immisce dans la mise en scène des chorégraphies, livrées tantôt en solo, tantôt en duo, tantôt en groupe.

Les femmes délaissent la jupe à volants traditionnelle et la dentelle des jeux de mains pour la sobriété d'une robe-pantalon et la complexité des jeux de pieds. La chorégraphie se dépouille, ralentit par moments sa cadence pour permettre d'en voir le détail. Trois panneaux découpent l'espace scénique de manière différente selon l'humeur de la danse, créant tantôt une atmosphère intimiste, tantôt un air de fête.

Ce soin particulier accordé à la mise en scène est d'ailleurs l'un des deux traits propres au nouveau flamenco, selon la chorégraphe. Il permet d'insuffler un dynamisme neuf. «Il y a plus d'interactions entre les chanteurs, les musiciens et les danseurs, souligne Mme Moros. Les musiciens et chanteurs se déplacent davantage sur scène.» L'autre élément de nouveauté concerne le rythme de la musique et de la danse. «C'est devenu plus ouvert et complexe, il y a plus de contre-temps, plus de pieds en général et la musique est influencée par le jazz et les musiques du monde», note la chorégraphe et danseuse.

Chose qu'on voit plus rarement dans le flamenco de chez nous, une large place est faite au danseur masculin. Si, dans la foulée de ses réflexions, la compagnie a perdu un danseur, Bobby Thompson s'étant retiré pour se consacrer à la chorégraphie, elle en a gagné un qui en vaut deux. «José Luis Perez est un jeune danseur espagnol très dynamique qui dégage ce mélange de finesse, de souplesse et de machisme assumé», explique la chorégraphe.

RECUERDOS FLAMENCOS, du Ballet Flamenco Arte de España, les 21 et 22 janvier au Club Soda.