En place pour le gumboots !

Le spectacle présente entre autres une série de tableaux ponctués de chants et de danses en groupe ou en solo. Ici, le chorégraphe Serge Takri.
Photo: Jacques Grenier Le spectacle présente entre autres une série de tableaux ponctués de chants et de danses en groupe ou en solo. Ici, le chorégraphe Serge Takri.

Le théâtre du Gesù vibre ce week-end au rythme d'une danse africaine qui plaira à toute la famille. Le jeune chorégraphe Serge Takri, récemment immigré au Québec depuis sa Côte d'Ivoire natale, y présente sa deuxième création, fortement empreinte du folklore africain : Yenendi ou les dieux de la pluie. « La pièce parle du peuple Songhai, qui vient du Niger, précise le chorégraphe-danseur. Yenendi est une cérémonie annuelle où l'on adore les dieux pour qu'ils nous envoient de la pluie. »

Dans le style moins proprement afro que sa première oeuvre, la pièce pour cinq danseurs et deux chanteurs est inspirée du gumboots, danse d'origine sud-africaine mais que d'autres pays du continent noir ont adaptée à leur réalité.

«Le gumboots se pratique énormément en Côte d'Ivoire, mais pas de la même façon que chez les Sud-Africains, explique Serge Takri. Le gumboots est né dans les mines [d'Afrique du Sud], d'où les bottes de pluie que portent les danseurs. Ils martèlent le sol avec leurs pieds pour exprimer leur colère, leur révolte, mais ça peut aussi être joyeux. Chez nous, ça se pratique dans les champs, comme les gens qui vont cueillir le riz. »

Le spectacle s'ouvre sur des chants auxquels répondent les battements de pied des danseuses. S'ensuit une série de tableaux ponctués de chants et de danses en groupe ou en solo. On y retrouve aussi des influences du hip-hop, surtout quand le chorégraphe entre en scène et dans la manière spontanée de chacun de livrer sa performance. Yenendi est d'ailleurs le premier de trois spectacles consacrés aux arts urbains et réunis sous la bannière « Définition non-applicable », un minifestival qui se poursuit dans différents lieux (Tangente, Mai) jusqu'au 7 février.

Serge Takri a certes un talent naturel et une agilité physique surprenants, que ses quatre danseuses n'égalent malheureusement pas toujours. Mais, ayant appris de lui, elles ont à tout le moins son énergie contagieuse et on se sent momentanément transporté ailleurs pendant les cinquante minutes que dure la chorégraphie incantatoire.

Avec le temps, la tradition du yenendi s'est muée en fête. Si le sens en a été quelque peu évacué chez les jeunes vivant dans les villes, le chorégraphe la transmet, à sa manière, dans sa terre d'accueil.

C'est d'ailleurs l'objet des Rencontres interculturelles, événement dans lequel s'insère le spectacle de Takri et qui se consacre au croisement des cultures d'origine et à l'accueil d'artistes établis au Canada.

Outre la soirée de danse présentée jusqu'à demain soir, la dixième édition de l'événement propose, jusqu'au 18 février, dans le hall du théâtre, une exposition d'arts visuels. Cinq artistes de la Fondation afro-canadienne d'art contemporain (ACCAF) exposent quelques-unes de leurs oeuvres — peintures, photographies et autres — dans lesquelles ils expriment les problématiques propres à leur parcours identitaire.

On retient notamment les superbes photographies d'Ivan Livingstone qui saisissent sur le vif le rituel d'une danse, ou encore la bigarrure des peintures de Carlyle William, entre l'art naïf et l'art surréaliste. D'autres artistes visuels d'origines diverses font également le pont entre leurs cultures natale et d'accueil.

L'ACCAF organise également une table ronde sur les liens entre la spiritualité et les pratiques artistiques, le 4 février. Enfin, une soirée « Poésie et musique » est prévue le 11 février en compagnie de poètes qui livreront des témoignages sur leur expérience d'exil à travers l'immigration.