Des femmes et des fluides

Les danseurs Keven Lee et Gabriel Painchaud dans la pièce «O2» par Anne-Flore de Rochambeau
Photo: Anne-Flore de Rochambeau Les danseurs Keven Lee et Gabriel Painchaud dans la pièce «O2» par Anne-Flore de Rochambeau

Décliner les attributs de la féminité et les propriétés des fluides en trois chorégraphies ? Un programme « leçon de choses » périlleux pour le Collectif La Tresse et la chorégraphe Anne-Flore de Rochambeau, sur lequel des créateurs bien plus aguerris se seraient cassé les dents. Elles tirent leur épingle du jeu, mais doivent quand même « revoir leur copie ».

Après la très aboutie Fluides d’Anne-Flore de Rochambeau, créée avec Marine Rixhon, Marijoe Foucher et Liane Thériault en 2013, on était très curieux de voir Gabriel Painchaud et Keven Lee s’approprier sa vigoureuse et moelleuse gestuelle dans O2. Ce deuxième volet épuré du triptyque Dynamique des fluides entremêle avec finesse le chassé-croisé habile des deux danseurs — Painchaud est magnétique —, les lumières sensibles de Hugo Dalphond et la musique électroacoustique de Hani Debbache. Mais, parce qu’il y manque le foisonnement poétique de l’univers protéiforme de Fluides, l’écriture chorégraphique, qui manque d’originalité, ressort davantage. Ce n’est que lorsque les chutes et les spirales des interprètes se font plus heurtées et moins lisses qu’apparaissent les prémices d’une signature « rochambienne ».

Pour Viscoscité, étape en cours du troisième volet de Dynamique des fluides, on retrouve les captivantes interprètes de Fluides — mais sans la chorégraphe, cette fois-ci — aux côtés de Painchaud et Lee. Magnifique première partie contemplative et kinesthésique, où les danseurs semblent habités malgré eux par des ondoiements obstrués. La lumière intermittente et la musique concourent à communiquer une impression de sang qui pulse dans les veines. Alors que le mouvement s’accélère, un sentiment d’urgence se crée progressivement. Le pari risqué de chorégraphier la viscosité à travers une gestuelle athlétique et rapide au sol est réussi. Mais, inachevée, la deuxième partie s’embourbe dans un tableau de corps revêtus de sacs en plastique qui tourne vite à l’anecdotique. Chantier en cours, Viscosité reste à fignoler et à affiner.

Quant à Beauté brute, la pièce s’interroge sur les différentes formes de la féminité. Danseuses de haut vol et profusion de tableaux-pépites, le Collectif La Tresse est indéniablement à suivre. Mais la pièce tend à verser dans les représentations quelque peu normatives et la facilité, un peu d’ironie aurait été bienvenue.

Beauté brute suivi de O2 et Viscosité

Collectif La Tresse et Anne-Flore de Rochambeau, Zone Homa, le 12 août