Danse - Le maître du ballet moderne aurait 100 ans

Si la modernité du ballet a un nom, c'est celui de George Balanchine, surtout de ce côté-ci de l'Atlantique où d'importantes institutions et un répertoire monumental sont nés de son génie. Le 22 janvier prochain marquera le 100e anniversaire de sa naissance, et déjà plusieurs manifestations saluent sa carrière.

À New York, un spectacle-hommage réunissant 54 de ses oeuvres débutait hier soir au Lincoln Center et se poursuivra jusqu'en juin. Une exposition multimédia installée à la New York Library of the Performing Arts, incluant quatre conférences, permet aussi au public de découvrir l'homme et le chorégraphe à travers un dédale de photographies, de vidéos, de costumes et de décors qui ont servi à ses oeuvres.

Celui qui a fondé la School of American Ballet et dirigé le New York City Ballet jusqu'à sa mort en 1984 est pourtant né à Saint-Pétersbourg le 22 janvier 1904. Gueorgui Melitonovitch Balanchivadze a été formé sur les planches du réputé théâtre Marinsky avant de profiter d'une tournée à l'étranger pour passer à l'Ouest, à l'été 1924.

Les célèbres Ballets russes de Diaghilev le recrutent alors à titre de chorégraphe. Dans la foulée de la création de sa propre compagnie, Les Ballets 1933, il est invité aux États-Unis qu'il marquera de son sceau chorégraphique.

Au Canada, on vénère aussi le maître du ballet moderne. «C'est la base du répertoire du XXe siècle», affirme Vincent Warren, qui fut premier danseur pour les Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM) dans les années 60 et 70, époque où la compagnie comptait plus d'une dizaine d'oeuvres de Balanchine à son répertoire. Les GBCM préparent d'ailleurs un spectacle dédié au chorégraphe russo-américain pour le mois de mai prochain, incluant notamment la pièce sur pointes Épisodes, créée en 1959.

«Il faisait deux types de ballet, poursuit M. Warren, aujourd'hui conservateur à la bibliothèque de la danse de l'École nationale de ballet contemporain. Ceux sur pointes comme dans Thème et variations, où il gardait les lignes classiques de la danse, et en même temps, il faisait des choses plus modernes, comme Les Quatre Tempéraments, où il créait du mouvement tout à fait original.»

L'un des apports intempestifs de Balanchine fut de rejeter les ballets narratifs au profit du mouvement pur. «Le sujet de sa danse était la danse elle-même», précise l'ancien danseur qui a rencontré une fois le chorégraphe. Néoclassicisme et formalisme pur, où l'émotion est évacuée du geste, définissent son langage, qui n'est toutefois jamais en totale rupture avec le vocabulaire de la tradition classique.

Autre trait de la danse de Balanchine, celle-ci se conjuguait surtout au féminin. «Ballet is women», dit-on à son propos. «Il était inspiré par le corps féminin, fasciné par ses possibilités de beauté et de grâce.» D'où le refus d'abandonner les pointes.

Enfin, tout en défendant l'autonomie de l'art dansant, le chorégraphe russo-américain, fort d'une formation musicale soutenue, fut aussi reconnu pour son lyrisme. «On dit de lui qu'on voit la musique à travers sa danse», explique M. Warren. D'ailleurs, en écho au nom de Balanchine résonne celui de Stravinski, avec qui le chorégraphe a entretenu une relation artistique pendant 50 ans.

Si «personne n'a remplacé» Balanchine de son vivant ni depuis sa mort il y a vingt ans, selon l'ex-danseur des GBCM, le centenaire qu'on célèbre cette année contribue à garder son héritage bien vivant.