«Identidad», un tango-théâtre

«Identidad» est une une production à mi-chemin entre la soirée de tango classique et un style music-hall soigné.
Photo: Mia Dalglish «Identidad» est une une production à mi-chemin entre la soirée de tango classique et un style music-hall soigné.

Et de deux. Deux productions de tango en une même saison montréalaise auront ouvert la porte à des influences plus contemporaines — sans toutefois trahir l’esprit de cette forme venue d’Argentine. Après Milonga du chorégraphe belgo-marocain Sidi Larbi Cherkaoui, Identidad, la compagnie This is Tango Now explore le potentiel expressif et théâtral du tango.

Fernanda Ghi et Guillermo Merlo forment un couple de tangueros depuis plus de 15 ans. Ils ont tous deux grandi à Buenos Aires et se sont rencontrés sur le plateau du spectacle à grand déploiement Forever Tango qui a largement circulé à travers le monde, dans les années 90, porté par la vague de renouveau du tango.

« Les spectacles de tango se ressemblent dans leurs concepts et on trouvait qu’il était temps d’offrir autre chose, de plus théâtral, explique en entrevue Fernanda Ghi, depuis Boston où sa compagnie est établie. C’est bien de raconter ce qu’est le tango, d’où il vient, mais on voulait utiliser le tango comme moyen d’expression en soi. »

Les extraits vidéo annoncent une production à mi-chemin entre la soirée de tango classique et un style music-hall soigné. Sa trame narrative permet de frotter l’art argentin à d’autres langages tout en offrant une large part de chorégraphies issues de la plus pure tradition. La pièce aborde la quête d’identité d’une femme se libérant du joug d’un homme, en reprenant la métaphore de la marionnette et son marionnettiste.

« Même quand on pense avoir trouvé qui on croit être, on ne sait jamais, car la vie est faite de constants changements, résume Mme Ghi. C’est aussi une façon de montrer qu’on peut aborder plusieurs thèmes à travers le tango. On n’a pas toujours besoin d’évoquer les prostituées ou les immigrants de Buenos Aires pour parler de tango. »

Nouvelles lectures

Les six danseurs — « tous 100 % tango argentin », insiste la codirectrice, qui fait partie de la distribution avec son partenaire Guillermo Merlo — y multiplient les accessoires (échasses, banc, tissu) comme autant de contraintes donnant au tango ses lectures nouvelles. Le couple s’est également nourri du contact improvisation, découvert il y a six ou sept ans. « On a été impressionné par l’énergie de cette danse et l’utilisation de l’autre qui rejoignait un peu le tango. Cela a beaucoup influencé notre façon d’utiliser les accessoires. »

Après avoir formé Tango Dream en 1998 (dans la foulée de leur rencontre sur le plateau de Forever Tango), Fernanda Ghi et Guillermo Merlo ont signé plusieurs productions et tourné abondamment. Un de leur spectacle fusionnait tango et flamenco. Avides de dépasser les stéréotypes du tango, ils fondent en 2007 This is Tango Now qui se donne une double mission artistique et éducative, avec le pianiste, compositeur et anthropologue Alfredo Minetti.

Une école

Leur école, Artango, a ouvert ses portes l’an dernier et enseigne non seulement la danse, les mouvements, mais aussi la philosophie de cette culture qui embrasse poésie, chant, littérature, voire sciences humaines et sociales. Identidad est le premier spectacle né du trio. Minetti y dirige le quatuor musical qui interprète en direct sur scène des oeuvres d’Osvaldo Pugliese et Astor Piazzola.

La compagnie prépare aussi un Carmen adapté du livret de l’opéra original, dont la première est prévue en novembre, à l’Institut of Contemporary Arts de Boston. Identidad est donc la pièce assurant la transition vers le tango-théâtre qu’elle souhaite défendre. Et Fernanda Gui est d’ailleurs très excitée de la présenter aux tangueros de Montréal dont la communauté « a beaucoup grandi », dit-elle, depuis son dernier passage en 2000.

Les spectacles de tango se ressemblent dans leurs concepts et on trouvait qu’il était temps d’offrir autre chose, de plus théâtral. C’est bien de raconter ce qu’est le tango, d’où il vient, mais on voulait utiliser le tango comme moyen d’expression en soi.

Identidad

Les 5 et 6 juin au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts