Étrange mélodie qui cherche son «la»

Photo: Luc Sénécal

La compagnie Le Carré des Lombes prend le grand plateau du Théâtre Maisonneuve pour la première fois avec Paradoxe Mélodie, une pièce pour dix danseurs et une harpiste, qui laisse mi-figue mi-raisin.

Les retrouvailles de la chorégraphe Danièle Desnoyers avec un instrument live et ses déclinaisons, distorsions, amplifications, triturations sonores sont certes réjouissantes. Elle avait lancé cette démarche avec brio pour Concerto grosso pour corps et surface métallique en 1999 — voire dès les dissonances de Discordantia en 1996. Violon (Bataille, 2002), piano ouvert (Play it again!, 2005), amplificateur (Duos pour corps et instruments, 2003) ont ensuite vu leurs possibilités multipliées par le jeu de compositeurs, d’une designer sonore et de danseurs. Après un tête-à-tête avec le mouvement dans Dévorer le ciel (2009) et Sous la peau, la nuit (2012), elle reprend le jeu du dialogue son-corps dans Paradoxe Mélodie, créé au Festival Danse Canada l’an dernier.

Une harpiste en scène, Éveline Grégoire-Rousseau, interprète une composition texturée de Nicolas Bernier, qui est retravaillée en direct et accompagnée d’une oeuvre électro-acoustique préenregistrée. On renoue volontiers avec la capacité de Desnoyers à faire résonner les ondes sonores dans les corps de ses danseurs, comme si c’était la manifestation physique du désir qui les anime.

Sauf qu’ici, ce désir se fait trop ambivalent. On comprend bien que la chorégraphe a voulu dépasser ce qu’évoque spontanément la harpe. Tendue entre abandon et retenue, entre l’harmonie éthérée de l’instrument et la disharmonie un peu trash de ses cordes grattées, pincées telles celles d’une guitare électrique, la pièce ne parvient toutefois pas à trouver son la. La danse est pourtant magnifique, dans les duos et dans ces chaînes humaines qui reviennent comme un motif. Mais elle cherche aussi son ton, oscillant entre des élans formels et quelques moments plus théâtraux.

Le duo truculent de deux danseuses aux jupes de princesses et à la dégaine déchue fait sourire, grâce à la poigne d’Anne Thériault et de Molly Johnson. Mais il ne s’inscrit pas avec fluidité dans la pièce. Si bien que l’ensemble de l’oeuvre et laisse froid, à défaut de susciter une émotion claire. Ni la sensualité latente, si belle chez Desnoyers, ni le côté dépravé ne s’imposent. Rendez-vous malgré tout la saison prochaine, alors que les danseurs du Carré des Lombes dialogueront avec... l’orgue Pierre-Beique de la Maison symphonique.  

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