Un monde de possibles

Photo: Jeremy Mimnagh

Et si tout pouvait arriver ? Et si le pire (rien ?) advenait ? Petit bijou loufoque, Would, de Mélanie Demers, se situe à l’intersection de ces prospectives diamétralement opposées qui résument si bien l’humain, ses désirs infinis, comme ses peurs.

« Ce serait là. Ce serait ici. Ce serait maintenant… » Et voilà Marc Boivin lancé dans une énumération frénétique de tous les meilleurs possibles, complétés un peu plus tard (en anglais) par sa comparse, Kate Holden. À eux deux ils forment un bien curieux tandem — (amis ? alter ego ?), s’emportant mutuellement de l’illumination enthousiaste à la désolation, du rêve éveillé au désespoir, jusqu’au long et puissant silence. Potentialité absolue. On rit beaucoup, on frémit aussi, car ce monde des possibles s’abreuve autant à l’imaginaire débridé de l’enfance qu’au petit cauchemar absurde.

Entre et à travers ces allées et venues textuelles, la danse s’immisce, s’infiltre, avec cette même énergie bipolaire : corps fluides qui soudain se dérobent, envolées qui tout à coup hésitent ou font étrangement marche arrière. Les corps semblent aller dans les deux sens, campés dans un improbable futur antérieur, habités par cette imprévisibilité propre à l’oeuvre, et qu’une fatalité guette toujours.

Un duo exalte particulièrement cette tension, alors que Marc Boivin tient Kate Holden par le cou sans trop savoir où sa danse les mènera. La superbe trame sonore de Joshua Van Tassel donne également corps à cette dramaturgie du minimal, qui tient, sans décor ni image, au seul jeu des mots et à la forte présence des danseurs.

Après son éclatant Maday Remix, qui invitait une poignée d’artistes à recomposer ses pièces Junkyard Paradise et Goodbye en prenant d’assaut tout l’espace de l’Usine C, Mélanie Demers complète sa résidence d’artiste dans ce théâtre en remodelant (et en allongeant) un duo intimiste commandé en 2013 par la danseuse torontoise Kate Holden. La pièce arrive portée par des éloges et cinq nominations aux prix Dora Mavor Moore (dont un remporté par Marc Boivin pour son époustouflante interprétation). Avec raison. On sent que Mélanie Demers, en dialogue avec ces deux interprètes de carrière, touche au noyau dur de sa démarche : la puissance des mots délestée de toute tentation de récit, le jeu en adéquation à la danse, sans autre prétention.

Would

Mise en scène, textes et chorégraphie : Mélanie Demers, avec la collaboration des interprètes Marc Boivin et Kate Holden. À l’Usine C jusqu’au 11 avril.

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