Chorégraphe et philosophe en mouvement perpétuel

André Lavoie Collaboration spéciale
Mozongi, une chorégraphie créée en 1997, revue et augmentée (en matière de danseurs) en février 2014 à la Société des arts technologiques
Photo: Kevin Calixte Mozongi, une chorégraphie créée en 1997, revue et augmentée (en matière de danseurs) en février 2014 à la Société des arts technologiques

Ce texte fait partie du cahier spécial Conseil des arts

Ses racines sont à la fois congolaises et françaises, mais c’est à Montréal que Zab Maboungou a choisi d’entrer dans la danse, et ce, depuis 25 ans. La Compagnie Danse Nyata Nyata (qui signifie « piétine piétine » en lingala, la langue la plus courante en République démocratique du Congo) est d’ailleurs bien implantée au coeur de « la République socialiste du Plateau », souligne en riant la directrice et chorégraphe.

Son enthousiasme se révèle contagieux, et elle le transmet avec aisance à ses élèves et à ses danseurs, forte de sa passion pour son art, de ses nombreux voyages sur tous les continents et d’une enfance passée « dans un milieu révolutionnaire, avec un père qui questionnait tout, porté par la volonté de transformer la culture, d’où que l’on soit ». Ajoutez à cela des études en philosophie (« Quand je pense, je me sens en mouvement, et quand je bouge, je me sens en train de penser ») et vous avez une artiste aux influences multiples, ayant pour devise « Là où je suis, je contribue ».

Pour bien illustrer cet enracinement et tout le chemin parcouru depuis 25 ans, Zab Maboungou a revisité Mozongi, une chorégraphie créée en 1997, revue et augmentée (en matière de danseurs) en février 2014, à la Société des arts technologiques. Cette reprise, chaleureusement accueillie, n’a pas échappé au Conseil des arts de Montréal, qui a fait de cet événement, et par ricochet de cet anniversaire important pour la compagnie, l’un des finalistes de son 30e Grand Prix.

« On est toujours un peu surpris quand ça arrive », admet Zab Maboungou, forcée de s’arrêter un peu pour apprécier cette accolade. Être finaliste, elle le voit aussi comme une manière de saluer son statut de « vraie Montréalaise », ayant d’ailleurs déjà signé une chorégraphie intitulée Montréal by night. Ce qui ne l’empêche pas de croire que sa « montréalité » peut se faire entendre un peu partout sur la planète. « Je n’aime pas les gens qui tombent dans la simplification du jet-set international : “ Plus je voyage, plus je m’informe et plus je deviens intelligent ”. Ce n’est pas aussi simple que ça. Je crois que le local a une forte valeur, parce que tout ce qui est local, c’est sincèrement humain, et si les gens s’intéressent les uns aux autres, ils auront toujours des transferts culturels à opérer. »

Dans son discours, l’expression « transferts culturels »revient souvent, l’opposant à « métissage », un terme qu’elle qualifie de « sauce BBQ de bas étage » ! Elle s’offusque à l’idée que « mélanger les gens les rendrait meilleurs, par principe ». Ce qui se cache derrière ce concept, « c’est de penser qu’il y a une pureté raciale d’un côté et une autre pureté raciale de l’autre. Mais nous sommes la suite et la résultante de toutes sortes de mélanges ! Les Français ne voient pas leur héritage arabe, et les Américains ont du mal à voir les influences africaines dans leur culture. » D’où l’importance, pour Zab Maboungou, de piétiner… dans la bonne direction. « Nyata Nyata, c’est une manière très simple de dire que l’être humain se tient debout et que c’est un être marcheur. »

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