Électrisant Ballet BC

Photo: Michael Slobodian

C’est une compagnie complètement renouvelée que nous amène Emily Molnar, la directrice artistique du Ballet BC, qui a pris le relais de John Alleyne il y a cinq ans. En 2002, lors de sa dernière visite, Molnar incarnait Puck dans le ballet narratif The Fairy Queen, créé par Alleyne. Treize ans plus tard, la troupe ne garde de cette époque que l’aplomb et l’énergie de sa première danseuse devenue aujourd’hui directrice.

En lieu et place des ballets souvent narratifs que proposait Alleyne, Molnar mise sur une diversité de signatures chorégraphiques de l’heure, d’ici et d’ailleurs. Une métamorphose qui plaisait visiblement au public montréalais jeudi soir.

Si la compagnie avait vécu son retour québécois au Festival des arts de Saint-Sauveur en 2013, on sentait sa joyeuse fébrilité à fouler les planches montréalaises. Le triple programme présenté jusqu’à samedi exalte la palette de styles que ses 18 danseurs sont capables d’interpréter. Les créations ou adaptations sont signées par des chorégraphes actifs au sein des plus grandes compagnies d’Europe.

Le ton explosif est donné avec A.U.R.A. (Anarchist Unit Related to Art), une création de 2012 de Jacopo Godani, avec qui Molnar a dansé pendant ses années passées auprès de l’avant-gardiste William Forsythe. Godani a d’ailleurs pris la barre du Ballet Forsythe l’an dernier, joli coup de chapeau pour la troupe canadienne, la première à amener au pays une oeuvre de cet influent directeur.

Les 15 danseurs avides d’en mettre plein la vue semblent tout droit sortis d’une tribu du futur sur une création électroacoustique expérimentale du duo 48nord. La danse repousse les limites du néoclassicisme avec sa gestuelle surarticulée, des poignets aux chevilles. Une pièce qui joue habilement avec les architectures scénographiques créées notamment par les rampes mobiles d’éclairages aux néons.

Sur une note plus expressionniste, Walking Mad, du Suédois Johan Inger, décline les trois temps d’une relation amoureuse ponctués par le Boléro de Ravel. La douce rivalité hommes-femmes des débuts cède le pas aux combats intérieurs et aux manques d’un couple qui a tout vécu, cette fois sur les notes minimales et irrésistiblement émouvantes du Für Alina d’Arvo Pärt. Inger, ex-directeur du Ballet Cullberg, qui a fait une partie de ses études au National Ballet School du Canada, est aussi chorégraphe associé du prestigieux Nederlands Dans Theater. C’est pour cette troupe qu’il a créé Walking Mad en 2001.

La soirée se conclut avec Petite cérémonie du chorégraphe français très convoité Medhi Walerski, une pièce signature du « nouveau » Ballet BC, présentée aussi à Saint-Sauveur en 2013. Ici, la fibre plus théâtrale et comique des danseurs est sollicitée. Curieuse danse au faux décorum tout de noir et blanc, à la gestuelle parfois anguleuse du pantin. Les danseurs semblent déchirés entre la tyrannie du groupe et celle du couple. Pour créer cette oeuvre, le chorégraphe a demandé aux danseurs ce que représenterait vivre dans une boîte.

Venir à Montréal était un objectif avoué d’Emily Molnar. « C’est pour ce genre de public que nous travaillons », nous confiait-elle en entrevue. On peut dire que le pari est gagné. Avec ses 30 premières mondiales depuis 2009 et ses 46 semaines de tournées annuelles, la plus jeune des quatre plus grandes compagnies canadiennes serait-elle en train de voler la vedette aux trois autres (Ballet national du Canada, Grands Ballets canadiens, Royal Winnipeg Ballet) ? Elle a certes trouvé un créneau distinct qui lui va comme un gant.

A.U.R.A., Walking Mad et Petite cérémonie

Ballet BC. Chorégraphes : Jacopo Godani, Johan Inger, Medhi Walerski. Au théâtre Maisonneuve jusqu’au 24 janvier.

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