Dave St-Pierre frotte sa danse à la musique classique

La symbiose avec Caprice est telle qu’un autre projet de collaboration avec Dave St-Pierre, à la distribution plus modeste et destiné à la tournée, est en germe.
Photo: Dear Deer La symbiose avec Caprice est telle qu’un autre projet de collaboration avec Dave St-Pierre, à la distribution plus modeste et destiné à la tournée, est en germe.

Il y a un an, le chorégraphe Dave St-Pierre se vidait le coeur. « Pas d’argent, pas de show », clamait-il sur sa page Facebook, menaçant de ne plus présenter ses spectacles à Montréal dans les conditions de sous-paiement chronique qui caractérisaient selon lui la scène d’ici.

Le voici courtisé par l’Ensemble Caprice, pour qui il reprend des extraits de son petit mais fulgurant corpus chorégraphique, avec une distribution réduite à 11 danseurs — sur la vingtaine qu’il privilégie habituellement. Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée… D’autant que l’incident est derrière lui et qu’il est rendu ailleurs.

« Créer sur la musique live, tous les chorégraphes en rêvent, mais c’est cher, confie au Devoir celui qui privilégie des chansons et musiques plus contemporaines exaltant l’émotion. Je suis loin d’être un spécialiste du classique. Mais je me suis dit : essayons et voyons si autre chose en sort. »

Récemment en lice pour un prix Opus, l’Ensemble Caprice revisite les répertoires surtout baroques, mais aussi classiques, et interprète les créations plus contemporaines de son chef, Matthias Maute, toujours avec des instruments d’époque. Pour le concert saluant ses 25 ans, Dave St-Pierre propose des segments de Foudres, dernier volet de sa trilogie sur les utopies amoureuses, pas encore vu à Montréal, sur la 2e Symphonie de Beethoven interprétée par les 35 musiciens de l’orchestre. Des morceaux d’Un peu de tendresse, bordel de merde ! s’articuleront autour de la Sérénade pour vents Nachtmusik en do mineur, K.388 de Mozart.

La symbiose avec Caprice est telle qu’un autre projet de collaboration, à la distribution plus modeste et destiné à la tournée, est en germe.

Une étude 101

 

« C’est fascinant de voir combien ça marche bien ensemble, notre approche et ses chorégraphies, indique Matthias Maute, flûtiste et directeur artistique de l’ensemble musical. La musique classique est tellement codifiée que c’est facile de perdre le lien avec nous-mêmes, avec l’humain, le coeur qui bat. Or Dave est à mes yeux quelqu’un qui met toujours en relation les arts et la vie. » Pour lui, la grande liberté de la danse de St-Pierre s’allie fort bien aux phrasés clairs et mesurés du classique. Il qualifie la rencontre artistique de « grand moment » dans la vie de l’ensemble.

« Avec Beethoven, j’essaie différentes façons de remanipuler la chorégraphie [Foudres] pour l’adapter à la musique classique, explique le chorégraphe. C’est un peu comme une étude 101 sur “quel mouvement fonctionne avec quel genre musical”. » Sceptique au début, il juge finalement que « ça colle ». Au fond, il y a une forme de romantisme trash dans le travail de Dave St-Pierre…

On y trouvera la même fougue chorégraphique, mais dans une forme plus épurée de ces éléments théâtraux. « Ça ne va pas se perdre dans ce que je fais habituellement : le déjanté, la nudité, le too much. J’avais besoin de retrouver un peu c’est quoi la gestuelle propre à la compagnie. Même si c’est difficile d’aller ailleurs, de ne pas aller vers mes forces. Je ne suis pas si bon chorégraphe. Moi, ce que je sais faire, c’est le plus grand que nature. »

Sacré enfant terrible de la danse québécoise avec sa puissante Pornographie des âmes (2004), Dave St-Pierre récidivait deux ans plus tard avec Un peu de tendresse, bordel de merde !, coproduit par un festival à Munich, puis accueilli au Festival TransAmériques quelques mois plus tard. Depuis, il a travaillé pour le Cirque du Soleil, le Cirque Éloize, a épaulé plusieurs artistes émergents (Mandala Situ, Virgine Brunelle, Philippe Boutin) et a créé Foudres à Lyon en 2012.

Après sa série de pièces de très grands groupes, il s’apprête à lancer Fake, quatuor autour de la figure du fan, à Lyon en février. Suivra la mise en scène de Macbeth au Schauspiel Frankfurt en avril, une première expérience de travail à partir d’un texte déjà écrit — et pas le moindre. Ce qui confirme son envie d’essayer d’autres formes. Après quoi, il souhaite un temps d’arrêt pour digérer un peu tout ce qu’il a vécu depuis 15 ans. Mais en sera-t-il capable ?

25 fois Caprice

Fondé en 1990 par le flûtiste Matthias Maute, l’Ensemble Caprice est reconnu pour l’audace qu’il insuffle au répertoire surtout baroque. Son chef avait envie d’une « petite folie » pour fêter les 25 ans de l’organisme. Touche-à-tout, allant des musiques plus classiques aux créations de son dirigeant, l’Ensemble est le premier à Montréal à offrir l’oeuvre intégrale de Beethoven avec des instruments d’époque. Sa discographie compte une trentaine d’albums dont certains primés, comme Gloria ! Vivaldi et ses anges, paru chez Analekta et coiffé d’un prix Juno en 2009. Il a aussi remporté trois prix Opus et tourne largement à l’étranger.

Concert du 25e anniversaire de l’Ensemble Caprice

Avec le chorégraphe Dave St-Pierre, le 17 janvier à la salle Pierre-Mercure.



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