Un «Cru d’automne» dans le vent chorégraphique

Guillaume Archambault-Lelièvre et Catherine Dagenais-Savard (danseurs de troisième année à l'École de danse contemporaine de Montréal
Photo: Luc Lavergne Guillaume Archambault-Lelièvre et Catherine Dagenais-Savard (danseurs de troisième année à l'École de danse contemporaine de Montréal

De la (rare) danse de grand groupe. Des signatures artistiques bourgeonnantes. Des interprètes en fleurs. Le Cru d’automne de l’École de danse contemporaine de Montréal n’a rien à envier à la saison professionnelle.

Au programme, deux créations de chorégraphes québécois en pleine ascension : Mélanie Demers signe La meute et Frédérick Gravel livre Trois essais sur la musique, dont deux réussis… S’ajoute Avant les gens mouraient, une pièce du collectif français (La)Horde sous la direction du tout jeune chorégraphe Arthur Harel, qui réunit les 15 futurs diplômés.

Ces choix tournés vers la plus jeune création, la directrice artistique et des études de l’EDCM, Lucie Boissinot, les assume pleinement. Celle qui a dansé pour feu Jean-Pierre Perreault y voit notamment une manière de garder bien vivante la création de grand groupe.

« Je veux que les interprètes rencontrent des artistes en pleine ébullition, confie l’ex-interprète et pédagogue. Et les artistes en profitent pour tester des idées, des approches. J’aime voir ces spectacles comme des occasions de s’inscrire dans un renouvellement chorégraphique. »

Mélanie Demers ouvre justement un nouveau cycle de création après avoir livré le projet Mayday Remix, où d’autres artistes recomposaient à leur guise ses pièces « maîtresses » Junkyard/Paradise (2010) et Goodbye (2012) de son petit répertoire, à l’Usine C au printemps dernier.

« Elle va dans une direction différente, indique Mme Boissinot. Les éléments théâtraux prennent moins de place. La pièce est essentiellement frontale. C’est comme une petite meute affolée : il y a une part animale, instinctive, et des moments d’une grande tragédie parce que cette meute touche à l’humain, à l’humanité. »

Réputé pour ses concerts chorégraphiques, Frédérick Gravel, qui revient d’une tournée où deux de ses pièces ont été présentées au Théâtre de la Bastille à Paris, profite aussi de l’occasion pour chorégraphier pour la première fois sur de la musique classique.

Fruit d’un appel de projets international lancé en partenariat avec les Pépinières chorégraphiques, le jeune collectif français (La)Horde réinterprète les gestes propres aux styles urbains du gabber, du jump style, du hard jump. « C’est à haute charge d’intensité musicale et très déjanté ; le toit du théâtre va sauter ! », résume la directrice qui a retenu ce projet pour son audace et pour le modèle collectif de la compagnie, plus rare à une époque de l’artiste unique.

Le spectacle des finissants est une réelle rampe de lancement vers la scène professionnelle. Ici, il n’est plus question d’intégrer la technique, mais au contraire, de sortir de ses zones de confort.

« On n’est pas dans le cute et dans la technique, il s’agit de provoquer des transformations chez les interprètes et de leur faire incarner des propositions qui sortent du moule. »

Cru d’automne

Au Théâtre Rouge du Conservatoire, du 17 au 20 décembre.