Gare au loup!

Suites curieuses s’inspire de toutes sortes de lectures du Petit chaperon rouge et du personnage du loup. Et on part de l’idée que le chaperon est multiple, tout comme le loup.
Photo: Photo de Julie Artacho, illustration de Marjolaine Leray Suites curieuses s’inspire de toutes sortes de lectures du Petit chaperon rouge et du personnage du loup. Et on part de l’idée que le chaperon est multiple, tout comme le loup.

La troupe Cas public crée des oeuvres pour la jeunesse depuis 15 ans. La voici plus que jamais retombée en enfance avec une création libre autour du conte du Petit chaperon rouge, qui vise un public encore peu sollicité par les créateurs québécois : les tout-petits, dès deux ans.

« On a déjà fait des pièces pour les quatre, cinq ans. Ils viennent souvent avec le petit frère ou la petite soeur. On fait donc le pari utopique de créer une danse qui puisse rejoindre tous les âges, les deux ans comme leurs grands-parents », explique la directrice artistique, Hélène Blackburn.

La création pour le très jeune public est répandue en Europe, alors qu’ici, le phénomène est encore émergent. Les études ont répété que la fréquentation des lieux culturels par les petits est une plus-value pour leur développement et leur apprentissage. « Elles montrent que, si onarrive à vaincre certaines peurs à travers l’oeuvre, on est plus fort pour affronter d’autres peurs », rapporte la chorégraphe, qui a vu plusieurs de ces productions au gré de ses nombreuses tournées, qui font surtout « dans le bonbon gentil. C’est tellement consensuel, alors qu’on peut pousser la barre très loin, car ils sont habitués à découvrir du nouveau tout le temps. Et on peut mettre plusieurs niveaux de lecture ».

Suites curieuses s’inspire de toutes sortes de lectures du Petit chaperon rouge et du personnage du loup, dont celles de la Française Marjolaine Leray. Dans son album Un petit chaperon rouge, publié l’été dernier, le personnage, à l’inverse de la victime un peu naïve que l’on croise habituellement, empoisonne le loup. La troupe a invité l’illustratrice à créer une oeuvre d’animation originale pour la pièce.

« On part de l’idée que le chaperon est multiple : il y en a des niaiseuses et des plus dégourdies. Pareil pour le loup. Le chaperon peut aussi être un petit garçon ; il est objet de désir après tout », explique la chorégraphe, ex-étudiante en ethnologie qui se dit très sensible à la lecture psychanalytique de Bruno Bettelheim, auteur de Psychanalyse des contes de fées. Sa pièce privilégie toutefois une fin ouverte.

Cas public compte à son répertoire des pièces comme Barbe Bleue (2004), Le cabaret dansé des vilains petits canards (2009) Gold qui porte sur l’univers de Glenn Gould et Variations S sur celui des Ballets russes. Cette nouvelle pièce tire son nom d’une contraction entre ceux de deux autres pièces, Suites cruelles et Suites furieuses.

L’idée de travailler sur ce conte universel était déjà en germe dans Nous n’irons plus au bois. Le désir de souligner les 25 ans de la compagnie a ramené l’idée de s’y pencher plus directement. La forme courte (35 minutes) convenait aussi au contexte économique actuel, plus difficile.

Parallèlement, Hélène Blackburn rend hommage à l’un de ses danseurs atteint de surdité (Cai Glover) en recourant au langage signé. « On a traduit le conte de A à Z. C’est une langue en soi », dit celle qui a déjà usé de gestuelles évoquant ce langage dans d’autres pièces mais qui l’aborde ici de front.

Suites curieuses

De la troupe Cas public, à la Cinquième Salle de la Place des Arts, les 19, 27 et 28 décembre.