Étreintes d’hommes et de pieuvres

«Nobody likes a pixelated squid», de et avec Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund
Photo: Tangente «Nobody likes a pixelated squid», de et avec Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund

Danse Danse fait mouche avec un double programme estampillé relève locale : Tentacle Tribe conjugue prouesses exaltantes et poésie, Sasha Kleinplatz livre un magnifique rituel qui consacre la beauté d’interprètes masculins dans tout le contraste de leur vigueur et de leur délicatesse. Avec ces deux oeuvres, la danse contemporaine envoie valdinguer frontières et formatages pour notre plus grand bonheur.

Tentacules urbaines

On savait déjà qu’Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund étaient des danseurs de haut vol. Mais avec Nobody likes a pixelated squid, leur hip-hop écrit au cordeau et noyauté par la danse contemporaine gagne considérablement en poésie.

Affûtée, fluide et acrobatique, l’écriture chorégraphique de la pièce fait la part belle aux danses urbaines, comme le breakdance, et à un travail de partenaires remarquable par sa musicalité et par l’écoute entre les acolytes.

Depuis leurs dernières créations, les chorégraphes ont développé la relation qu’ils tissent sur scène, sans pour autant sacrifier la déferlante d’ivresse propre au hip-hop. Dans cette pièce, ils campent les protagonistes d’un chassé-croisé amoureux, à l’heure de l’incommunicabilité engendrée par les réseaux sociaux.

Seule ombre au tableau : certains moments pêchent par excès de littéralité, comme celui où les deux danseurs se tournent le dos, attachés par une longue corde manipulée par Lê Phan.

Toujours est-il qu’avec cette pièce aboutie, Tentacle Tribe réaffirme avec panache son désir d’une danse sans étiquette. Ils ont compris que l’hybridation ne menace pas l’identité, mais constitue une source de renouvellement.

Luttes et bercements

Envolées verticales et chutes spectaculaires au son d’une clarinette envoûtante et de percussions vigoureuses. Dans Chorus II, sept hommes en costumes noirs et en chemises blanches passent des joutes les plus robustes aux abandons les plus tendres. Sasha Kleinplatz s’est inspirée de la contradiction entre le physique herculéen de son grand-père et la douceur qui se dégageait de ses balancements lorsqu’il priait.

Lors de la création de la pièce au MAI en 2013, Chorus II s’inscrivait dans une fosse surplombée par les spectateurs qui regardaient la pièce en contre-plongée. À la 5e Salle, cette scénographie a été remplacée par un mur, encerclé par une partie du public. Manque aussi la musique arabe expérimentale originale et ses mélopées hypnotiques, qui participaient au sentiment d’unisson. La pièce en perd un peu de sa force, mais ses qualités lui permettent de transcender ces absences.

Il y a une grande jubilation à voir des danseurs se mouvoir dans un élan partagé. Dans Chorus II, pièce cathartique qui met en branle le corps et l’imaginaire, le masculin est pluriel, s’accordant avec vulnérabilité et fraternité.

Nobody likes a pixelated squid

De et avec Emmanuelle Lê Phan, Elon Höglund.

Chorus II

De Sasha Kleinplatz. Avec Benjamin Kamino, Milan Panet-Gigon, Simon Portigal, Lael Stellick, Jamie Thompson, Frédéric Wiper, Nathan Yaffe. Composition musicale : Radwan Ghazi Moumneh et Jamie Thompson. À la 5e Salle jusqu’au 25 octobre.